Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/09/2006

Mariage pluvieux [26]

[épisode précédent]

- Calmez-vous, calmez-vous.


Juan Filiberto n’en finissait pas de consoler Alicia, miraculeusement rescapée de la fusillade.

- Est-ce que vous pouvez marcher ? Nous allons vous conduire à l’hôpital. Pour l’instant, vous avez besoin de soins et de repos.

Puis, se tournant vers l’entrée du sous-sol derrière lui :

- Envoyez-moi un ambulancier, cette femme a besoin d’aide !

- Merci, parvint-elle à murmurer.

- Ecoutez… Ce serait mieux si vous lâchiez cette arme. Elle n’a rien à faire entre vos mains. Vous l’avez trouvée par terre, n’est-ce pas ?

Regards.

Silence.

Puis un gémissement diffus et Juan Filiberto qui se tourne vers une autre victime. Il a déjà oublié. Il a déjà effacé de sa mémoire ce qu’il a vu. En théorie au moins… L’arme est dans la poche de sa veste, à l’abri.

***

Miguel Angel ne cessait de marteler ses arguments :

- Quelque chose nous échappe. Selon la balistique, l’arme qui a tué Claudia Luschini n’est pas parmi celles que nous avons retrouvé sur place, ni parmi celles des policiers qui ont participé à l’assaut. C’est invraisemblable !

- Ecoute Miguel Angel, ce fut très confus. Il y a des choses que nous ne pourrons jamais comprendre, ou expliquer. Claudia Luschini est morte, Bisbal – ou Kirchner – est incapable de parler pour l’instant et il restera probablement longtemps dans cet état.

- Ça m’énerve de ne pas comprendre ! Où est-elle cette arme ?

- Tu as pensé aux tireurs d’élite ? Le président n’a pas voulu qu’on les interroge. Secret défense.

- Je croyais qu’ils étaient restés sur le toit du Club nautique.

- Va savoir… Dans la cohue !

- Dis, Miguel Angel… Ça te dirait de me remplacer quelques temps à la tête de la brigade ?

- Qu’est-ce qui se passe, Chef ? Vous prenez des vacances ? Ou vous voulez changer de sujet ?

- Disons que changer de sujet, c’est déjà des vacances… Tiens, en parlant de changer de sujet, regarde : nous sommes de mariage samedi prochain :

- Ah bon, qui ça ?

- Ana Laura et Andrés.

- Ils n’ont pas de chance ces deux. Ils annoncent du mauvais temps pendant tout le week-end. Après ce qu’ils ont vécu, un peu de soleil n’aurait pas fait de mal !

- C’est pas grave.

- Oui, je sais.

- Mariage pluvieux…

Une fois de plus, Juan Filiberto de Dios laissa à son adjoint le soin de poursuivre sa pensée. Mais celui-ci, qui s’habituait peu à peu à travailler avec le commissaire, laissa l’espoir se fondre peu à peu dans le silence, comme pour mieux l’habiter.

[FIN]

03/09/2006

Mariage pluvieux [25]

[épisode précédent]

Malgré les prouesses de Jorge, l’histoire avait décidé qu’Andrés et ses compagnons d’armes ne participeraient pas à l’épilogue tragique qui se déroula dans l’ancienne gare de San Fernando. Ils étaient encore bien loin du Club nautique lorsque la montre du commissaire Juan Filiberto afficha enfin quatre heures du matin.

À sa propre surprise, Juan Filiberto prit la tête de ses hommes, comme si l’action décidée (irréfléchie ?) pouvait être la réponse à son grandissant rhumatisme de l’âme.

- Vivants, scandait-il en silence, en exagérant le mouvement de ses lèvres pour compenser l’absence de son, tâchons de les arrêter vivants.

- Miguel Angel, rappelle-leur qu’il faut éviter de tirer. Un seul coup de feu et c’est la fusillade, pour sûr.

Les deux premiers hommes atteignaient déjà l’escalier, juste devant le commissaire qui, malgré sa volonté de bien faire, n’avait pu avancer aussi vite que ces deux jeunes officiers de police.

Ils pénétrèrent dans un sol-sol à l’abandon, jonché de détritus divers. Ce lieu avait probablement servi de squat ou d’abri de fortune pendant des années. Cependant, totalement insalubre, il avait même été abandonné par les plus démunis. À moi que Bisbal et ses hommes ne les aient chassés ?

La première salle était vide. Ils poursuivirent prudemment, ne s’interpellant que par gestes et regards. Bien qu’à l’abandon, le sous-sol était éclairé par des plafonniers. Cela facilitait leur progression et servait leur approche : l’obscurité aurait démultiplié leur bruit de leurs pas.

Ils découvrirent Ana Laura dans la deuxième salle. Elle était inconsciente. Un policier se pencha sur elle pour vérifier qu’elle était encore en vie. Il confirma d’un hochement de la tête en direction de Miguel Angel.

Cependant, le danger était tout près : la porte d’une troisième pièce était ouverte. Ils entendirent une conversation.

- Bisbal, tue cette traînée et partons. La police est à nos basques, il faut se tirer !

- Je ne suis plus Bisbal, Claudia.

- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu délires ! Elle t’a embobiné avec son discours à la petite semaine. Tu… tu… Qui est-elle, nom de Dieu ?

- Laisse-là.

- Tu te fous de moi ! Sors de là. Tire-toi. Je m’en charge.


Un mouvement de meubles, une chaise peut-être. Impossible de tergiverser.

- Police, police. Baissez vos armes. C’est fini !

- Salopard de flic.


Puis la fusillade. Le bruit assourdissant des déflagrations dans le sous-sol aveugle. Les chairs déchirées. Les tympans meurtris. Les yeux apeurés qui observent et gravent ces images à jamais.

[à suivre]

01/09/2006

Mariage pluvieux [24]

[épisode précédent]

Hugo San José n’eut pas le loisir de sortir de la voiture à la suite de Claudia : il remarqua immédiatement la lueur rougeâtre du viseur laser qui, depuis le toit du Club nautique, était venu se loger sous son épaule gauche…

Courageux mais pas téméraire, il déposa avec précaution son arme sur le tableau de bord avant de sortir du véhicule lentement et sans un mot d’alerte puis de lever les bras. On sentait le professionnalisme du geste : un ancien flic ou un militaire, peut-être ?

Le commissaire Juan Filiberto jeta un coup d’œil vers le Club nautique : Nestor Kirchner avait bien envoyé ses hommes et, à sa plus grande surprise, il semblaient ne pas outrepasser leur rôle ! Argentine, tu es presque trop belle pour moi, pensa-t-il avec cette lassitude qui le quittait de moins en moins souvent.

Trois heures cinquante-quatre. Comment était-ce possible, il ne s’était écoulé que six minutes ? Et il en restait encore autant ! Même pour lui, qui avait imposé ce délai, l’attente devenait pesante.

***

Roger, qui se retournait de plus en plus souvent, s’exclama soudain :


- Il y a un truc qui cloche : j’ai l’impression qu’ils ne nous suivent plus.

- Tu crois qu’ils ont remarqué quelque chose ?

- Non seulement je le crois mais j’ai même l’impression que la voiture qui vient de faire demi-tour au fond de l’avenue derrière a non seulement décidé de ne plus nous suivre mais a bel et bien trouvé une autre cible.

- On devrait les poursuivre !

- Vous croyez ?

- Alors Jorge, c’est encore à toi de jouer.


[à suivre]

30/08/2006

Mariage pluvieux [23]

[épisode précédent]

- Ma fille ? Qu’est-ce que tu racontes ? Comment est-ce possible ?


Osvaldo Kirchner, totalement incrédule, regardait Alicia, fauché par une assertion qui le stupéfiait.

- OK, écoute-moi. Essaye de te souvenir. Tu as étudié à l’Université de Belgrano. J’y étais aussi. Nom de Dieu, tu ne te souviens pas ?


Alicia voyait l’incrédulité sur le visage de Mariano, ou d’Osvaldo. Après tout, qu’importait son patronyme. Il ne se souvenait pas de leur amour, sincère, probablement militant. Étudiants, syndicalistes, leurs étreintes fleuraient la dialectique, la lutte des classes !

Puis l’attitude de Bisbal changea, comme si Kirchner reprenait le dessus, des années plus tard…

- Alicia, je crois que je revois un visage. Il était plus jeune que le tien, désolé. Mais le regard est le même… Oui,…


Et soudain il posa un genou à terre, comme si sa jambe s’était dérobée sous son poids.

- Les images me reviennent. Je me rappelle ces années !


Puis l’effondrement.

- Ah, qu’ai-je fait ? Alicia, aide-moi ! Que suis-je donc devenu ? C’est impossible ! Ce ne peut pas être vrai ! Ce ne peut pas être moi !


Puis un hurlement, un sanglot, un corps qui se recroqueville, se blottit le long d’une paroi. Une douleur intense qui brûle les chairs, qui vrille l’âme.

- No puede ser, no puede ser (Ce n’est pas possible, ce n’est pas possible). Pas possible.

- Osvaldo.

- No puede ser.

- Osvaldo !

- No, no. Es imposible…

- OSVALDO ! Je te sortirai de là…

- Qu’y a-t-il ? Qui me parle ?

- Osvaldo. Je n’ai jamais cessé de t’aimer.


Un crissement de pneus traversa l’avenue, comme une balafre sur un visage frappé à l’arme blanche. En cet instant, Miguel Angel Rios comprit pourquoi Juan Filiberto était le chef : il se sentit tout d’un coup désemparé.

Avant que ses hommes n’aient pu réagir, Claudia Luschini avait traversé la gare et s’était engouffrée dans un escalier latéral qui semblait mener à un sous-sol. À nouveau, la patience du commissaire avait fait des merveilles : ils savaient maintenant où concentrer leurs forces.

Miguel Angel connaissait la réponse mais il ne put s’empêcher de poser la question.

- L’assaut est toujours prévu à quatre heures, Commissaire ?

- Hésiteriez-vous, Miguel Angel ?


Ce dernier ne prit pas la peine de répondre…

[à suivre]

29/08/2006

Mariage pluvieux [22]

[épisode précédent]

- Ce n’est pas vrai !


Claudia Luschini, l’ange de la mort, venait de pousser un cri de fureur.

- Que se passe-t-il ?


Hugo San José était perplexe devant la colère subite de Claudia, alors que tout semblait se passer au mieux.

- Ils nous ont possédés comme des enfants de cœur !

- Comment ça, explique-toi. Je ne comprends rien à ce que tu me racontes !

- Regarde la voiture là-bas. Ce sont des flics en planque. Et il y en a une autre deux rues plus bas. Ce n’est pas nous qui sommes en train de les piéger vers Sunderland, c’est l’inverse !

- Et pourquoi ça ? Tu crois peut-être que nous allons nous laisser prendre les bras croisés ?

- Imbécile. Ils sont de mèche avec la police et tout ceci n’est qu’une diversion. Il veulent que nous bagarrions ici, pour nous tenir éloignés de Bisbal. C’est un piège ! Vas-y, fonce. ! Laisse tomber les autres, ils se débrouilleront bien sans nous, et filons à la gare.


La voiture des malfrats fit un brutal demi-tour et fonça vers la Gare de San Fernando. Il semblait que, conformément à la tradition, tous les acteurs seraient bientôt réunis en un seul lieu… À moins que le dernier acte ne se joue déjà avant l'arrivée de Claudia ?

[à suivre]