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Chroniques pour Tatiana

  • Tatiana : l'espoir renaissant

    Alors que de lourds nuages déploient sur les mille collines leur voile de soie grise, c'est d'un autre orage que me parvient soudain la fulgurance d'un éclair.

    Malgré la sécheresse des chiffres et des graphes, les analyses médicales ont délivré un verdict qui me remplit d'émotion et c'est en pleurant au milieu de cette foule de délégués soudain lointains bien qu'attentifs et muets que j'accueille la nouvelle : la tumeur dont souffre Tatiana est bénigne.

    Effondré, secoué par de lourds sanglots, je reprends peu à peu mes tâches avec une vigueur renouvelée.

    La route sera encore longue,certes, mais peut-être sera-t-elle moins escarpée que nous ne l'avions craint.

  • Quand la douleur se fait encore plus injuste

    Aujourd’hui, nous avons respecté le cercle de silence et de paix. Nous avons laissé se reposer Clara, François, Alexandre et Tatiana. Enfin, c’est ce que nous croyions faire. Et puis un message est arrivé. De François.

    Et nous avons compris qu’aujourd’hui la douleur avait changé de cible, comme si le repos leur était refusé, à Clara, François, Alexandre et Tatiana. Hier je vous parlai des chiens de la famille… Oui, vous avez compris. C'est trop injuste, ce qui se passe là, en ce moment.

    Une voiture. Deux chiens qui jouent, qui s’enfuient par un trou dans la grille, peut-être, on ne sait. Et c’est la fin de l’histoire pour Chagan, le fidèle ami de Clara, François, Alexandre et Tatiana. Et c’est encore une nouvelle chape de douleur qui s’abat sur la famille.

    On pense à vous. On pense aussi à toi, Marthe, et à toi, Roland. N’ajoutez pas ce sentiment de culpabilité qui vous ronge déjà à la douleur de vos enfants et de vos petits enfants.

    Tout ce qui compte aujourd’hui, c’est Tatiana. Ne laissons pas cette injuste douleur nous écarter du seul et unique objectif : Tatiana.

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  • Premier week-end

    C’est le premier week-end après le retour à la maison. Le premier instant de calme, après la course de rendez-vous médicaux en IRM, de pharmacie en scintigraphie, l’entrée à l’hôpital, l’intervention, les visites, les amis, la famille… et ce maudit téléphone qui sonne sans arrêt. On veut savoir, on veut aider, ou consoler. C’est normal. On a aussi besoin de ce soutien, de cette toile de solidarité qui se tisse autour de celle qui souffre et de ceux qui l'accompagnent en première ligne.

    Clara et François, le papa et la maman de Tatiana font face, courent, gèrent. Ils pestent aussi et ils tiennent grâce (!) à cette colère qui sommeille en eux et leur donne la force d’avancer, de se battre.

    Mais aujourd’hui le calme est revenu.

    La grand-mère est retournée pour s’occuper du grand-père. Ils gardent aussi les chiens de la famille : trop aurait été vraiment trop ! Les amis forment un cercle un peu plus large pour laisser respirer les parents, et aussi Tatiana qui sourit encore et toujours en faisant ses exercices, pour réveiller ses muscles – et sa fesse gauche ! – pas encore bien réveillés depuis l’anesthésie.

    Oui, le calme est enfin là. Le calme, cet ennemi…

    Pour Clarita, il a sonné le glas de la révolte : épuisée, elle n’a trouvé de refuge que dans les pleurs.

    Et c’est à chaudes larmes qu’elle se laisse aller dans les bras de la Brune, son aînée, qui serre fort ses poings pleins de tendresse. Son tour est venu d’encaisser en souriant. Car c’est ainsi que la douleur s’atténue : jusqu’ici concentrée dans le noyau d’un couple, d’une cellule familiale, elle va voir chaque membre du réseau en prendre une part puis en transmettre une partie à l’autre, puis à l’autre, qui fera de même à son tour, jusqu’à la diluer jusqu’à un niveau supportable pour tous.

    Pour que tous nous puissions sourire à Tatiana, et à Clarita, sa maman triste.

  • Tatiana, retour à la maison

    Aujourd’hui, Tatiana est rentrée à la maison. Ce n’est pas une mince affaire car ses bagages se sont alourdis… d’une paire de béquilles ! En fait, hier à l’hôpital, elle a fait plusieurs séances « de travail » pour apprendra à circuler correctement avec les cannes. Et ce matin, elle a fait non seulement le tour de l’étage mais elle a également monté et descendu les escaliers.

    La voilà maintenant (presque) parfaitement autonome.

    En arrivant à la maison, bonne surprise. Alexandre, son grand frère, avait préparé l’accueil : belle affiche de « bienvenue » sur la porte, serpentins collés au plafond de l’entrée et… feux d’artifice avec une bombe remplie de boules en papiers et de chapeaux pointus.

    Maintenant, la vie va reprendre son cours, enfin presque : Tatiana ne reprendra pas l’école avant jeudi prochain. En début de semaine les journées seront peut-être un peu longues mais maman n’ira pas travailler : elle lui tiendra compagnie.

  • Tatiana - Jour 3

    Hier, Tatiana était à l’hôpital. Elle y était entrée la veille et sa maman, Clara, avait dormi avec elle dans une très jolie chambre, avec des abeilles peintes sur les murs et le soleil qui se glissait entre les persiennes pour jouer avec les moustaches de son copain Lapinou. Lapinou, c’est un vrai pote. Il ne la lâche jamais, même si elle doit aller à l’hôpital et que cela lui fait un peu peur.

    Hier matin, tout s’est bien passé. On l’a emmenée dans la salle d’opérations et le chirurgien lui a extrait un morceau d’os : 1,5 x 1,5 cm de fémur. C’est nécessaire… mais douloureux. Le réveil s’est déroulé sans encombre mais la douleur s’est réveillée elle-aussi.

    Maintenant, il faut être patient. Se remettre avant de rentrer à la maison, mercredi, ou plutôt jeudi. Ici, ce sont les vacances des patates. Tatiana aurait préféré les passer autrement et elle commence à comprendre que ce qui lui arrive n’est pas aussi simple que lorsqu’elle s’était cassé la jambe, lorsqu’elle était petite…

    Heureusement, le clown aide à passer le temps. Il est venu hier : il voulait scotcher le soleil pour qu’il reste dans la chambre ! Il a aussi fait une étoile autour de sa tête avec un grand mètre pliant en bois jaune ! Loufoque, c’était trop drôle.

    Enfin, c’est ce que m’a expliqué Tatiana. Quand je suis arrivé, le clown était parti. Dommage… il avait l’air sympa, ce clown.

  • Tatiana, ma gamine.

    C’est comme un accident de voiture mais ça vient de l’intérieur. Vous ressentez comme une brûlure et ça vous fait peur. Il n’y a pas de fracas, de chaos, de blessés sur le bord de la route. Il n’y a pas de bruit sauf les sanglots et cette attente, et le doute.

    On se dit que c’est injuste mais qu’il faut être fort. Et puis on essaye de comprendre. Les médecins font de leur mieux même si parfois ils ne savent que guérir, pas expliquer. Des fois aussi on ne veut pas les entendre, pour pas craquer. Mais malgré tout, on pense à la mort.

    Voilà. J’ouvre aujourd’hui une nouvelle rubrique, juste pour parler. Pas vraiment de la littérature, même si j’essaie. Ma façon à moi, quoi. Juste pour être fort quand je console ma Brune, pour pas pleurer.

    Je vous parlerai de ma petite Tatiana. Elle dort à l’hôpital cette nuit. Demain matin, ce sera la biopsie. Et il faudra attendre dix jours – dix jours ! – avant d’avoir les résultats.

    Sauf que les résultats, on les connaît déjà, au fond de nos cœurs. On veut pas y croire encore, jusqu’à ce qu’on nous dise vraiment, là, en face, dans les yeux, même si on les gardera baissés, les yeux. La peur encore.

    Ça s’appelle un Sarcome d’Ewing. Une tumeur au fémur. Une maladie rare. Une vraie saloperie, parce qu’elle frappe en priorité les enfants. Et ma petite filleule, Tatiana. Elle a neuf ans, ma gamine.

    C’est dur. Mais on sera forts. Et comme d’habitude, je ferai rire toute la famille. Et même les copains. Le rire est plus fort que la maladie. La famille aussi. Et même les copains. On va se battre.