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Chroniques d'Orient

  • 9 mai

    Alors que le glaive de la foi déchire l'astre de poussière, Le Caire s'apaise un instant. Un frémissement, un pas qui se fige, puis la course folle qui reprend de plus belle. Cairote, tu as perdu ton plus beau trésor, tu as oublié l'héritage des pharaons. Où sont passés les sabliers qui égrenaient avec patience le sable du désert ? Cairote, tu n'as plu le temps de rien... toujours pressé, même à l'heure de la prière !

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  • 6 mai

    Adieu fraîcheur du vent coulis sur le plateau, bonjour aubes soyeuses sur le Nil paresseux. Adieu belle campagne, adieu à toi ma Brune, j'ai trouvé ce matin un autre chant d'éveil. Bonjour toi muezzin qui dès l'aube t'agite et m'invite à prier pour apaiser mon âme.

    Le souffle du désert vient caresser ma peau et le ciel trop chargé me fit plisser les yeux. Au ciel est accrochée une nouvelle lune et des cuisines montent de doux parfums de miel. Au pied des pyramides et du sphinx qui médite je ressens la chaleur qui entretient ma flamme.

    Bonjour Al-Qāhira, ô toi la Victorieuse !

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  • 24 février

    Cette ville ne se nourrirait-elle que de poussière et de bruit ? Chaleur, chaos, tumulte semblent les maîtres mots. Dans le trafic exsangue j’attends, je peste et je m’ennuie, quelle mission m’oblige à souffrir de tels maux ?

    Au loin les pyramides ne sont que souvenirs, je les vois mais le temps me happe sans pitié, on me pousse, m’entraîne, on m’oblige à courir, l’équipage, dépassé, à hue et à diane cesse de tirer…

    Et puis soudain, image d’Epinal, comme une oasis lointaine, une porte s’efface et dévoile un palais… Je vais vers l’inconnu, une émotion certaine me pousse à accepter cette sérénité.

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    Visite du Palais de Mohammed Ali, Le Caire, Egypte.

  • Alors ce réveillon, Monsieur ?

    Je gravis pas à pas, princesse à mes côtés, la colline génoise, suivant - envieux regard ! - un couple de sherpas à la démarche allègre. Du pont de Galata jusqu'à la Tour du Christ, fiertés de Karaköy et de Pera la noble, je souffrais en silence, le corps lourd et repu : d’orientales agapes m’avaient laissé fort las !

    Du sommet de la tour je découvrais les joyaux de l’âme byzantine, le conquérant Topkapý, la mer de Marmara, plus bas la Corne d’or. Les yeux vers le couchant, mon berceau, mon enfance, je songeai que ces jours si sereins entre amis, marquaient de leur tendresse la charnière de ma vie. Mais qu’elle est courte l’histoire du pèlerin mortel face aux splendeurs ottomanes érigées au nom de Soliman, le Grand, le Magnifique et de ses frères sultans !

    Je me laissai charmer par les sons enjôleurs du ùd, du nay, du saz qui retentissaient sans fin dans la rue d’Istiklal. Je rêvais, yeux mi-clos devant les arabesques, ferveur apprivoisée, nées de l’agile calame d’un calligraphe dansant. Ô roseau vagabond, grimoires amoncelés, thé brûlant, mains calleuses, tulipes enluminées, entrelacs à la gloire du prophète, combien d’heures passées dans la pénombre du bazar !

    Hélas ! La gourmandise, m’emporta de nouveau. Le marché égyptien m’ouvrit bientôt ses bras. Epices colorées, infusions enivrantes, fruits secs riches à souhait, offerts à profusion n’eurent pourtant point l’heur d’attirer mes papilles et je me tournai vaincu vers ces plateaux de cuivre, lourds de leur fardeau de miel, baklavas diaboliques…

    Istanbul, 8 janvier 2003

  • Douze heures à Genève, dix-neuf heures à Hong Kong

    Voici venu le temps de Noël, Monsieur !

    Ah, mon bon Flavius, te souviens-tu de ces samedis de décembre, lorsque fâché de ne pas m'y être attelé plus tôt, je me joignais néanmoins à la horde transie des retardataires, me lançant, emmitoufflé dans une longue écharpe, chapeau sur le chef et poings serrés dans les poches, dans de longues séances de magasinage pour dénicher coûte que coûte tel dernier gadget à la mode, telle douceur traditionnelle, ou telle compilation introuvable de Pugliese, Fresedo ou Alfredo de Angelis.

    Flavius, tu n'auras pas oublié mes colères, mon impatience exaspérée devant l'hystérique agressivité des clients, la frustration contenue des commerçants débordés, le trafic indescriptible paralysant les rues de Genève...

    Eh bien mon cher Flavius, ces foules qui encore hier m'effrayaient me font bien sourire aujourd'hui ! Car tantôt, à la recherche d'un de ces équipements électroniques dont l'Asie est devenue le fer de lance, j'ai fait un saut du côté de Times Square, à Causeway Bay.

    Madre del corazón divino !, se serait exclamée ma grand-mère à la vue de cette foule compacte, de ces files d'attente de plusieurs dizaines de mètres, sagement alignées devant les arrêts de bus ou de tramway, ou de ces longs cortèges de gamines en uniforme semblant manifester avec leurs pancartes, en fait de simples panneaux publicitaires vantant les produits de leurs commanditaires.

    Oui Flavius, j'ai fait du shopping à Hong Kong et fort heureusement, j'ai pu demander assistance, pour retrouver mon chemin, à trois agents de la circulation débonnaires, présents à l'angle de rue où je les ai rencontrés tout simplement pour réguler le trafic... des piétons !

    Je n'ai pas trouvé ce que je recherchai... mais il faisait vingt-huit degrés à Hong Kong et la vue était si belle sur Tsim Sha Tsui ce soir. Disons que j'étais en promenade !

    KroniK
    Hong Kong, 18 novembre 2004

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  • Quel est cet animal, brave et joyeux, Monsieur ?

    Il me vient à penser, en le voyant s'ébattre, et l'admirant se battre, aux figures taurines d'un Dali inspiré, d'un Picasso sauvage, du trait d'un Hemingway, fascinés par l'arène et son ballet mortel. Certes le taureau est brave, le danseur intrépide, animé de passion. Le picador ahanne, et son corps arc-bouté sur la pointe cruelle dans la chair abîmée plonge et replonge encore sur l'animal châtié. Le lutin de lumière, bandérilles en main, virevolte et se joue de la corne qui cherche l'étoffe d'azur, de carmin, d'or.

    Puis vient le matador, véroniques, cruzadas, face-à-face animal. Estocade.

    Vous m'effrayez, Monsieur ! La joie, où est la joie, Monsieur ?

    Dans l'animal, Flavius. Non celui qui là-bas, sur le cercle de sable, entre soleil et ombre, lutte pour démontrer la bravoure de son sang. Elle est ici, non dans l'arène du monde, mais bien sur son pourtour, où se réfugient les spectateurs, qui ne suivent les pas agiles du matador que du regard, le troupeau des passants. Retourne-toi, l'ami, observe les gradins. Les yeux, les âmes, les tripes. Flavius, vois-tu cette passion, qui animait les peintres, poètes ou écrivains ?

    La joie est là, Flavius. La servitude, aussi.

    Servitude ? Certes. Car je n'octrois point de liberté au simple spectateur.

    Mais ne te laisse pas égarer par mon propos taquin ! Spectateur ce soir, acteur demain, nos vies toujours balancent entre gradins et arène, entre sol y sombra, entre aficionado y matador de toros !

    Kronik
    Plaza Mayor de Madrid, 16 novembre 2004

  • Qu'en fut-il de l'Egypte, Monsieur ?

    La langue serpentine, unique source de vie, charrie avec effort, lourds et bruns alluvions vers la mer et le nord, entaille minuscule dans la gueule assoiffée de ce désert exangue, écrasé de soleil, noyé dans la poussière...

    Cent mille ans ont passé.

    Impériaux témoignages de règnes éphémères, d'orgueils inassouvis, de mâles vanités, de voyages sans fin aux portes de la nuit, mortelle obscurité, les tombes pyramides s'élèvent vers le ciel, écrasant sous leur poids les milliers de cadavres d'esclaves oubliés, sacrifiés pour le mythe de leur dieu pharaon...

    Cinq mille ans ont passé.

    Vestiges d'autres temps, entourés de colère, fleuve aux berges souillées, exhalant la misère, flots de pilleurs d'histoire ignorant le présent, nos limousines noires bousculent les passants : qu'avons-nous fait du temps ? L'avons-nous gaspillé pour construire ce monde où le beau sans vergogne peut côtoyer l'immonde ? Qui sommes-nous ici, brandissant nos cultures, étendards dérisoires au coeur des sépultures ?

    Mais une voie existe, qui va le long du fleuve et conduit sans détour vers l'âme de la ville, celle des bâtisseurs, créateurs de futur, et nous l'avons suivie, felouque sur le Nil, jusqu'au pied de ce Sphinx, chimère protectrice qui veille sur Cheops et son bateau solaire.

    Deux semaines ont passé...

    Dérisoire Augenblick. Et l'Egypte me hante et j'en cherche la clef. Et plus je la contemple et moindre la clarté. Au pied des pyramides. Animal égaré.

    Kronik
    Le Caire, 8 mai 2004.

  • Un jour nouveau, Monsieur ?

    Le vieux est mort sans voir la Palestine, et son peuple abattu pleure le disparu. Déjà dans les esprits, les coeurs, un mausolée s'érige.

    Je suis bien loin ce soir.

    Les poilus sont fêtés, poignée de survivants, voilà bientôt un siècle, perdus dans les tranchées sur le Chemin des Dames, ils hurlaient leur douleur, personne n'entendait.

    Je suis bien seul ce soir.

    Mais c'est un jour nouveau, tu as raison Flavius ! Planète connectée, je peux à tout instant saluer mes amis, leur laisser une note, te transmettre un billet, sur le web babiller... Vois-tu comme un enfant qui un jouet découvre je laisse libre arbitre à ma plume égarée face à la page blanche d'un ordinateur lointain.

    Hong Kong va s'endormir, cela est-ce possible ? J'ai fermé les persiennes et je pense à ma brune, blottie là-bas, si loin, devant la cheminée.

    Car il neige chez nous.

    KroniK
    Hong Kong, 14 novembre 2004