01/09/2010

{Estivales 3.2.4 :))

1er septembre... Adieu l'été. Bonjour aux couleurs de l'automne !

Fin des vacances... et fin des estivales. Dès demain, une autre rubrique pour nous accompagner jusqu'au plus profond de l'hiver...

13/08/2008

Visite au musée (5)

Pourquoi 27 téléviseurs ? Mario le flic ne pouvait se débarrasser de ce qu’il considérait comme un paradoxe, une énigme. Le format standard de la télévision dans les années soixante était 4/3. En multipliant les écrans, cela devrait donner 3 lignes de 4 télévisions, ou 6 lignes de 8, ce qui donnait soir 12, soit 48 téléviseurs, pas 27.

Même les formats modernes, en 16/9 par exemple, étaient impossibles à répliquer avec 27 appareils. Avec 27 appareils, le seul schéma possible était 3 lignes de 9 téléviseurs ou 9 lignes de 3 téléviseurs… à moins que l’on ne fasse 3 blocs de 3 x 3 téléviseurs.
Bien sûr ! Puisque chaque téléviseur était au bon format, il fallait utiliser des blocs avec autant de lignes que de téléviseurs par ligne ! Il se sentait mieux… quoiqu’un peu déçu d’avoir laissé sur le Moleskine autant de calculs erronés. Néanmoins, il s’interdit d’arracher la page du calepin noir.

Car il y avait inscrit en grandes lettres capitales :

MAYERLAND


Il fut tiré de ses calculs et de sa réflexion sur l’artiste vidéaste disparu par le bruit du fax. Sans attendre, il se leva pour récupérer le dossier relatif à son assassinat, qui arrivait de Paris, page après page.

Miracle de la technologie dont disposait le commissariat du Bourg-de-Four, les pages sortaient si lentement de l’appareil que Mario avait le temps de les lire une à une. Lorsqu’il se rassit, il avait lu le dossier complet.

Et il avait noté un élément important à ses yeux, même si l’enquête de police avait conclu à un crime passionnel : quatre mois avant sa mort, René Mayerland avait été entendu comme témoin dans un affaire de braquage. Il avait assisté à l’attaque d’une succursale bancaire près de la Madeleine, à Paris, en pleine séance de tournage avec son équipe technique.

Son équipe technique ? Qu’étaient devenues les vidéos ? Rien dans le dossier ne le mentionnait…

Il devait bien en exister des copies quelque part. Il se leva de nouveau, des idées plein la tête.

- Haeggli ! Passe dans mon bureau, j’ai un boulot pour toi.

Il laissa la porte ouverte, en attendant l’arrivée de son collègue.

(à suivre)

05/08/2008

Visite au musée (4)

- Ainsi, il n’y aurait pas eu un mais plusieurs vols ? C’est passionnant. Je vous écoute…

Elle avait tiqué lorsqu’il avait dit qu’il trouvait ces vols passionnants mais une certaine impatience, probablement liée au stress de ses fonctions, la poussa à ignorer cette remarque et à aller droit au but.

Lorsque le vol du tableau fut constaté, expliqua-t-elle, toute l’attention se porta sur la salle du musée de laquelle il avait été subtilisé. Vérification des traces éventuelles laissées par les visiteurs indélicats, contrôle des autres œuvres, e tutti quanti. Ensuite, les gardiens avaient effectué une ronde spécifique afin de s’assurer qu’aucun autre objet n’avait disparu. Malheureusement, le courant avait été coupé, pour inhiber l’alarme, pensait-on alors.

L’esprit de Mario vagabondait. Comment pouvait-on dans un musée qui abritait des pièces d’une telle valeur, simplement lier l’alarme au secteur. Cela ne pouvait être aussi simple, il vérifierait.

Or, poursuivait son interlocutrice, ou plus précisément sa mono-locutrice, la salle voisine abritait « une installation ». Comme il opinait du chef, elle s’interrompit, persuadée que tout discours était devenu superflu.

- Et plus précisément ?

- Un mur d’images de 27 téléviseurs reliés à autant de magnétoscopes, qui diffusent en boucles des images vidéo.

- Ah bon ? À notre époque, des magnétoscopes ? C’est curieux. Les artistes modernes n’utilisent-ils pas des techniques de leur temps ?

- C’est qu’il s’agit là d’une œuvre ancienne de Mayerland, que nous avons reprise un peu en catastrophe, afin de lui rendre hommage.

- Comment ça ?

- Il l’avait créée à Genève, en 1978. L’œuvre avait beaucoup évolué au fils des années, notamment les images vidéo qu’il utilisait mais il tenait à conserver ce support particulier. C'était sa marque de fabrique...

- Pourquoi parler de lui au passé ? Il est décédé ?

- Oui, il a été retrouvé mort chez lui, il y a trois mois. Cette exposition est un hommage à titre posthume.

- De quoi est-il mort ?

- On dit qu’il aurait été assassiné durant son sommeil.

- Ah bon ? Voilà qui est passionnant.

Cette fois, Catherine Bahr-Meyerstraf ne put éviter une moue agacée…

(à suivre)

29/07/2008

Visite au musée (3)

Il était en train de relire les notes qu’il avait prises lors de l’interrogatoire du voisin qui avait alerté la police après l’incendie de voitures à Versoix.

Nom du chien : Totor. Race : setter anglais. Le Moleskine à petits carreaux lui débitait sans la moindre trace d’humeur les bêtises qu’il avait scrupuleusement notées. En quoi connaître le nom du chien pouvait-il lui être utile ?

N’empêche, il adorait son carnet de notes.

Sa rêverie fut brusquement interrompue par l’irruption d’un visiteur, qu’il aurait pu anticiper de quelques secondes s’il avait porté attention aux bruits de pas précipités dans le couloir qui menait à son bureau.

- Commissaire, cette dame veut vous voir.

Mario soupira, non à la visite, mais à la piètre posture dans laquelle se trouvait le troufion en faction.

- Merci Lagarde, je m’en occupe. Prenez place, je vous en prie.

La sérénité du discours était néanmoins altérée par le fait qu’il n’avait toujours pas levé les yeux de son carnet.

Troublée, la nouvelle arrivante retrouva son calme et s’assit patiemment.

Mario la laissa reprendre haleine. Le parfum lui en avait déjà dit beaucoup : haute bourgeoisie genevoise.

- Quelle affaire vous mène jusqu’au Bourg-de-Fourg, Madame ? Le vol du tableau ?

- Précisément, Commissaire, précisément.

- La déclaration du gardien n’aura-t-elle pas été suffisante ?

- Hélas non. C’est que d’autres œuvres ont disparu !

- Comment cela ? Personne ne s’en était rendu compte.

- C’est à cause de la coupure de courant.

- Vous allez m’expliquer tout cela, je présume. Qu’est-ce qui a disparu au juste. D’autres tableaux ?

- Des cassettes vidéo.

Il tenait le crayon levé, prêt à consigner dans son précieux calepin la substantifique moelle…

(à suivre)

23/07/2008

Visite au musée (2)

Il avait été le premier sur les lieux. Probablement parce qu’il n’avait pas aimé le film à la télé. D’habitude, malgré la profusion de l’offre télévisuelle, les propriétaires de chiens sortaient presque en même temps des trois petits immeubles qui bordaient la Route Suisse. À croire que tout le monde regardait le même programme, ou que les diffuseurs accordaient leurs violons, comme pour synchroniser les pauses publicitaires, pour que les animaux aient de la compagnie au moment de leur promenade nocturne.

À croire aussi que personne n’avait le nez à la fenêtre en dehors des créneaux horaires affectés aux aisances canines. Personne n’avait bronché avant qu’il ne se jette sur son portable et compose fébrilement le numéro des pompiers. Et c’est sous les aboiements de son chien mi-apeuré, mi-furieux qu’il expliquait à la centrale qu’une voiture, ou plutôt plusieurs, étaient en train de brûler au bord du lac.

Sept voitures avaient été incendiées, dans un accès de violence urbaine à laquelle ce bourg limitrophe de Genève n’était pas préparé, par manque d’habitude sans doute : Versoix n’est pas Strasbourg.

Finalement, il ne regrettait pas d’avoir sorti le chien plus tôt que prévu. Sa qualité de premier témoin lui valait les faveurs de la TSR et il savait qu’il serait de toutes les éditions du TéléJournal du lendemain, en particulier de la chronique locale.

Puisque sa voiture ne faisait pas partie du lot (Dieu merci elle dormait depuis toujours dans un garage fermé !), il considérait que cette inattendue célébrité valait bien quelques bouts de ferraille calcinés. Il se garda toutefois de faire part de cette réflexion aux journalistes. Sûr qu’ils n’auraient pas aimé ou que, pire, ils l’aurait rendue publique… et alors là, bonjour les palabres avec les voisins victimes de la soirée !

Les interviews furent super. Il se trouva même bon. Son chien, tout à fait rassuré une fois les sirènes des véhicules d’interventions éteintes, batifolait autour de lui, le menaçant sans cesse de l’enrouler avec sa laisse.

La discussion avec le flic, un certain Mario, fut nettement moins agréable.

(à suivre)