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  • 14 décembre (2)

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    On les reconnaît de suite, à ces dents qui leur manquent, à leur peau trop hâlée, tannée par le soleil, aux chariots qu'ils trimballent, comme uniques trésors, aux regards effrayés par la rousse en maraude, aux oripeaux informes, aux chemises trop courtes, aux chaussures trouées, aux vêtements sans nom.

    On s'écarte bien vite de l'odeur de la nuit, des couchages indignes, macadam dur et froid. On plisse le regard, et le nez et puis l'âme, à la vue de celui qui froisse le confort de nos vies si paisibles. La pisse et la sueur qui nous font reculer et changer de trottoir, sont leur lot quotidien.

    J'ai, tu as, il n'a pas. Nous avons, vous avez, ils n'ont pas.

    D'argent, de logis, de travail, de famille. À manger, dignement. À aimer, simplement. A vivre, comme avant ? À boire, ils ont trop. Regarde cet ivrogne ! C'est pour cà, qu'il git là... À juger on se prend, pour ne plus avoir peur.

    On les reconnaît de suite, à tout ce qu'ils n'ont pas, à ce qu'ils ont en trop, les pauvres...

    Buenos Aires 2009: 30% des argentins vivent sous le seuil de pauvreté. Ce chiffre a doublé en 10 ans. Hier, la famille Kirchner a annoncé que son patrimoine avait augmenté de 158% pendant leur mandat présidentiel.

     

  • 14 décembre

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    Voici donc quelques mois, plutôt quelques semaines, qu'ils doivent affronter un délicat problème, qui dans leur vie paisible soudain s'est immiscé, comme trait dans leur coeur, dans leur mare un pavé. Ils font des ronds dans l'eau, enfin dans le salon, où un prof de tango les fait tourner en rond...

    Inspirés par l'exemple de leur Brune adorée, enfin un beau matin tous deux se sont lancés, et nous sommes heureux de pouvoir annoncer que Mona y Chucho se sont mis à danser !

    Que viva el tango argentino!

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    Bueno, y la salsa tambien!
  • 9 décembre - Ruca Hueney

     

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    A Omar, Estella, Carlos, Pepito...
    A Andrea y Mate Cocido...
    Y sobre todo a los niños de Lujan!

     

    Une volée d'enfants qui crient, jouent, batifollent, puis se rangent enfin pour se rendre à l'école, une salle aux usages multiples et variés où l'on vient de servir du pain, des oeufs, du lait. Miracle quotidien, il y a de quoi manger. L'effacé cuisinier est l'homme du miracle, il fait tout avec rien, il faut voir le spectacle d'immenses casseroles remplies jusqu'à ras-bord, pour nourrir les enfants, les petits, les trésors...

    Un gamin de treize ans récupère un petiot, qui était à la traîne et braillait un peu trop, il le prend dans ses bras, le rassure à moitié, tu es là pense-t-il, donc le plus dur est fait, t'es vivant, t'es sauvé, t'as quitté le quartier. T'es perdu, comme moi, mais viens je t'apprendrai à vivre solidaire dans la communauté. Il ne faudra pourtant pas vouloir qu'une mère te prenne dans tes bras et t'offre son amour, j'ai connu moi aussi cette sourde colère, de savoir mes parents disparus pour toujours.

    Un Christ bientôt s'approche, nous offre l'abrazo de son regard tranquille, douceur déterminée. Omar est le pilier qui porte le foyer, avec le regard fier et sans courber le dos. Pourtant le poids est là, et la tâche est immense, pour guider vers demain ces enfants sans défense. Estelle à ses côtés n'était pas là hier, elle courait le quartier, à chasser la misère. Carlos nous a conduit, nous a fait visiter, par ici les cochons, par là le poulailler, ici quelques paillasses, là-bas un atelier. Ils veulent démontrer que la vie est possible même si à nos yeux, elle paraît impossible.

     

    Ils sont bientôt soixante à vivre nuit et jour dans ce coin de Lujan, ce hâvre au bon secours. Un s'approche de moi, s'accroche et je soupire quand sa face fragile s'éclaire d'un sourire. Un me tend ses lunettes et veut les partager, comme s'il me donnait un gage d'amitié. On partage un repas, on comprend que c'est dur d'aider tous ces enfants à forger un futur.

    Une main à la poche, une main sur le coeur, notre aide est dérisoire, nos tripes sont en pleurs, mais nous continuons à nous croire appréciés, du côté du foyer qu'on nomme Ruca Huaney.

    Kronik, 10 décembre 2009

  • 7 décembre

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    C'est une grande salle travaillée à l'ancienne aux colonnes dressées de facture italienne, un carré harmonieux à la grandeur lassée par un siècle d'usure et un trop lourd passé qui nous attend dimanche non loin dans le quartier.

    Le poids des ans est là et le danseur courbé, le geste moins précis, le pas précipité. La danseuse recherche ce vestige oublié, la splendeur des années où elle triomphait, son sourire éclatant sur profond décolleté...

    S'ils ont le pas trop gourd, le coeur est plus léger, ils sourient à la ronde comme des écoliers ce jour de premier bal, de première récré, tropical ou tango, les rythmes surannés, les poussent vers la piste, et filles de tourner.

    Un peu de leur histoire, hier j'ai visité, dans ce bal populaire, aux saveurs oubliées, il est bon de savoir ce qu'ils ont traversé, ces anciens, ces anciennes avec qui j'ai dansé, disons j'ai discuté, disons j'ai partagé...

  • 6 décembre

    Bon, faut pas croire que je ne fais que danser, je bosse aussi, moi !

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  • 2 décembre

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    Elles sont alignées comme des enfants sages alors que dans leur coeur gronde un puissant orage contre un miroir sans fin qui renvoie leurs images, violon, viole, piano, bandonéon sauvages...

    Ils sont très élégants, d'autres moins habillés, mais comme les danseuses, tout aussi alignés, faisant face à ces dames comme un mâle reflet de leur passion commune, s'enlacer et danser...

    Ce n'est pas à Corrientes, son 3-4-1 fameux, mais bien à Maipu, par un mardi pluvieux, que nous dansâmes hier sous les regards curieux d'une foule en colère, manisfestants furieux.

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    Quand la rue noire crie, assourdissants tambours, quand le peuple s'éveille pour réclamer secours, quel étrange spectacle que les trois petits tours, de couples arrachés à la vie... pour l'amour.

    Pourtant à l'unisson battent les coeurs portègnes et c'est un même sang qui coule dans leurs veines, si l'un exprime hurlant son malheur, sa déveine, l'autre avoue en dansant, l'infini de ses peines.

    Kronik, 1er décembre 2009 (Buenos Aires)

  • 1er décembre 2009

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    Les passagers anxieux se pressent à la frontière, insectes attirés par autant de lumière. Les gardes nous observent, nous sommes tous coupables, criminels dépravés, armes dans nos cartables! La porte s'ouvre enfin et enfin nous libère, comme si en ce matin, nous fuyions la misère...

    La nef s'est élevée par dessus la grisaille, arracha le stratus dans un cri de douleur. En ce lundi matin la pluie mélée de neige faisais courber le dos aux passant de Genève mais par-dessus les cieux c'est un soleil sans faille qui decouvrait un ciel aux multiples couleurs.

    Les heures s'égrenaient en une longue attente, rythmée par les sourires des hommes d'équipages, hôtesses empressées, délicates servantes, qui sans cesse portaient des plateaux de breuvages pour nous faire oublier l'espace d'un instant, qu'il est bien difficile de quitter son présent.

    Puis une côte au loin, des musiques latines, les sièges relevés, une voix en sourdine, un long serpent marin s'enfonce dans les terres, Rio de la Plata, le port de Buenos Aires... Voilà un bon voyage qui commence ce jour, je m'affaire joyeux à revoir mon amour !