23/07/2008
Visite au musée (2)
Il avait été le premier sur les lieux. Probablement parce qu’il n’avait pas aimé le film à la télé. D’habitude, malgré la profusion de l’offre télévisuelle, les propriétaires de chiens sortaient presque en même temps des trois petits immeubles qui bordaient la Route Suisse. À croire que tout le monde regardait le même programme, ou que les diffuseurs accordaient leurs violons, comme pour synchroniser les pauses publicitaires, pour que les animaux aient de la compagnie au moment de leur promenade nocturne.
À croire aussi que personne n’avait le nez à la fenêtre en dehors des créneaux horaires affectés aux aisances canines. Personne n’avait bronché avant qu’il ne se jette sur son portable et compose fébrilement le numéro des pompiers. Et c’est sous les aboiements de son chien mi-apeuré, mi-furieux qu’il expliquait à la centrale qu’une voiture, ou plutôt plusieurs, étaient en train de brûler au bord du lac.
Sept voitures avaient été incendiées, dans un accès de violence urbaine à laquelle ce bourg limitrophe de Genève n’était pas préparé, par manque d’habitude sans doute : Versoix n’est pas Strasbourg.
Finalement, il ne regrettait pas d’avoir sorti le chien plus tôt que prévu. Sa qualité de premier témoin lui valait les faveurs de la TSR et il savait qu’il serait de toutes les éditions du TéléJournal du lendemain, en particulier de la chronique locale.
Puisque sa voiture ne faisait pas partie du lot (Dieu merci elle dormait depuis toujours dans un garage fermé !), il considérait que cette inattendue célébrité valait bien quelques bouts de ferraille calcinés. Il se garda toutefois de faire part de cette réflexion aux journalistes. Sûr qu’ils n’auraient pas aimé ou que, pire, ils l’aurait rendue publique… et alors là, bonjour les palabres avec les voisins victimes de la soirée !
Les interviews furent super. Il se trouva même bon. Son chien, tout à fait rassuré une fois les sirènes des véhicules d’interventions éteintes, batifolait autour de lui, le menaçant sans cesse de l’enrouler avec sa laisse.
La discussion avec le flic, un certain Mario, fut nettement moins agréable.
(à suivre)
23:14 Publié dans Histoires courtes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature










Commentaires
Écrit par : mamita | 24/07/2008
Écrit par : roger de Monique | 26/07/2008
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