09/07/2008
Visite au musée
Le gardien s’était assoupi, un peu à son habitude. À sa décharge, il avait déjeuné trop rapidement, du fait des horaires trop serrés, et assez mal, à cause du cuisinier sans doute, à la cafétéria du musée. Il avait crû bon compenser la pauvreté de la chère par une demi-bouteille de pinot noir de Luins. Il se demandait souvent comment le gérant pensait à faire entrer un vin aussi agréable dans sa cave et laissait en même temps le cuistot saboter les produits et le palais des visiteurs ainsi que celui du personnel qui se hasardait encore à manger sur place.
Depuis qu’il était veuf, de toute façon, il n’avait plus goût à grand-chose. Alors il ne prenait même plus la peine de sortir du musée pour aller s’offrir un repas de meilleure qualité. À quoi bon après tout ? Le soir, à la maison, il se contentait bien d’une boîte de sardines, de calamars ou de maquereaux, d’un morceau de fromage et d’une ou deux bières. Des fois, il avalait tout cela debout dans la cuisine, sans même un bout de pain. Alors pourquoi critiquer ?
C’était précisément ce que lui faisait remarquer le gars qui recueillait son témoignage. « Pourriez-vous éviter de faire sans cesse des digressions ? Elles ne semblent pas contribuer à faire la lumière sur notre affaire. »
Des digressions ? Ben voyons ! Pour une fois qu’on s’intéressait à lui, c’était pour ne pas le laisser dire ce qu’il avait envie de dire. S’ils voulaient qu’il leur raconte ce qu’il savait, il faudrait qu’ils écoutent aussi le reste. Sinon, ils pourraient aller s’asseoir sur « leur affaire » comme ils disaient. Et rester sans rien dire, ça aussi il savait faire, depuis que sa femme l’avait laissé planté là, comme un con au bord de la route.
Et ce chemin qui n’en finissait pas…
Ah oui, pardon ! Le cambriolage. En plein jour. Alors qu’il était de service. Ah ! Mais c’était trop facile de le montrer du doigt ! Il devait surveiller sept salles en parallèle ! Et il fallait voir l’architecture de l’immeuble ! Impossible de tout surveiller ! Et puis, avec la malbouffe généralisée, y compris ici, au MamCo, comment vouliez-vous que les gardes puissent maintenir un niveau de vigilance élevé ?
Il quitta en grommelant la petite salle qui avait été mise à la disposition de la police. Fâché, vexé par les questions qui lui avaient été posées. Même si le flic avait paru un mec bien au premier abord. Un ancien alcolo sans doute. Il savait reconnaître ceux qui avaient bu, ou buvaient encore, à en souffrir…
Mario le flic le laissa partir, perplexe. Un gardien qui s’endormait, il avait déjà connu. Une œuvre d’art qui disparaissait, aussi. Mais un gardien qui justifiait sa sieste avec autant de véhémence, jamais !
Il nota sur son Moleskine à petits carreaux :
Nom du témoin : Albert Grandjean. Avec le « d » ? Oui Monsieur, avait précisé le gardien. Raison du vol : mauvaise qualité de la cuisine…
(à suivre)
22:59 Publié dans Histoires courtes, Humeurs de Genève | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature










Commentaires
Écrit par : mamita | 10/07/2008
Écrit par : georges | 10/07/2008
Écrit par : daniel | 17/07/2008
Écrit par : roger de Monique | 19/07/2008
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