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  • Mille collines

    On l'appelle le Pays aux mille collines...

    Savez-vous où se trouve KroniK ce soir ?

    Bons baisers de K...

    KroniK

  • Où es-tu ? [26]

    [épisode précédent]

    - Qui, lui ?

    - Mon père… ça ne peut pas être une coïncidence.

    - Comment cela, explique-toi !

    Et, comme s’il prenait soudain conscient d’un possible enchaînement logique des événements, Grégoire laissa sonner le téléphone, jusqu’à ce que l’écho de la sonnerie leur vrille les tympans. Il murmura un « Il rappellera, c’est sûr, il rappellera. »

    Puis, il raconta sa version de l’histoire.

    - J’ai passé un peu plus d’un an au Centre hospitalier de Genève. Pendant les six premiers mois, je ne pouvais pas parler, je ne pouvais pratiquement pas penser, à cause de la douleur. Les seules bribes de pensée qui passaient entre les mailles étaient les cauchemars.

    Bien que pressés d’en apprendre plus, Juan Filiberto et Mario le laissaient parler, rongeant leur frein, à deux doigts de hurler à Grégoire le maudit que ses souffrances n’étaient rien par rapport à ses crimes, qu’ils n’en avaient rien à faire. Mais le présent semblait justifier ce retour vers Genève, puis Paris, sur les pas de Grégoire et de Thierry, son père.

    - Il a été décidé de me transférer près de Paris, dans un centre de rééducation spécialisé dans les grands blessés de la route. Cela m’a fait du bien. Je me suis mélangé à cette foule anonyme. Je n’étais plus Grégoire le maudit (les mots eurent du mal à sortir de sa gorge.) J’étais redevenu Grégoire tout court, grand blessé, pas criminel ayant survécu à ses crimes…

    Il marqua une pause. De nouveau, Juan Filiberto et Mario échangèrent un regard. Puisque Grégoire avait dit que son père rappellerait. Il semblait savoir de quoi il parlait. Il fallait l’écouter.

    - Et que s’est-il passé ensuite ?

    Grégoire sursauta.

    - Pardon. Ma santé s’améliorait miraculeusement de jour en jour et les progrès physiques étaient visibles mais il m’a fallu encore un an de rééducation et de soins.

    Physiques, nota Mario, ses progrès étaient physiques. Nous y voilà. En effet, le ton de Grégoire changea et devint plus désespéré.

    - C’est sur le plan psychique et relationnel que les choses se sont gâtées. Tout d’abord, j’ai commencé à faire une fixation sur Blandine. Je ne cessais de penser à elle, comme à la femme de ma vie. J’en ai beaucoup parlé au psys de l’hôpital. Nous avons conclu que cette image, inconsciente dans les premiers temps, m’avait accompagné durant toute ma guérison, pour n’apparaître au grand jour qu’au moment de la convalescence. En d’autres termes, c’est mon amour pour Blandine qui m’a retenu à la vie.

    - Et c’est pour le lui dire que tu es venu à Buenos Aires ?

    - Pour la remercier. Je crois que je lui dois ma « renaissance ».

    Il avait dessiné les guillemets avec les doigts, soulignant ainsi la toute relative qualité de vie de cette nouvelle existence. Juan Filiberto voulut poursuivre.

    - Tu parlais de problèmes relationnels ?

    Grégoire désigna son téléphone du regard et d’un geste de la main.

    - Avec mon père… Il n’admettait pas cet amour, même symbolique, pour Blandine. Après ces années de séparation, il ne voulait pas me perdre de nouveau. Et pour lui, en Blandine se cristallisaient les forces qui m’éloignaient de lui. C’est dur de perdre un ado, pour un père. C’est encore plus dur si vous le connaissez comme votre enfant depuis deux ans seulement.

    C’était donc cela. Pour Thierry, Grégoire était encore un gamin. Même si celui-ci était déjà jeune adulte lorsqu’il l’avait retrouvé, il n’avait découvert qu’un corps ensanglanté et gémissant, un nourrisson à peine né, « son » bébé.

    Ils l’encouragèrent à poursuivre.

    - Nous avons fini par nous brouiller, puis par nous séparer. Néanmoins, il ne voulait pas que je manque de quoi que ce soit. Il me verse une pension, qui vient compléter la rente d’invalidité qui m’a été octroyée par l’assurance…

    Une rente, Mario n’y croyait pas ! Et Juan Filiberto, encore moins. Pourtant, c’était logique.

    Le téléphone de Grégoire grésilla de nouveau, les tirant de leur analyse comparée des systèmes sociaux argentins et helvétiques.

    - C’est encore lui ?

    - Oui, je décroche ?

    - Il est l’heure Grégoire…

    [à suivre]

  • 11 septembre

    Voilà une drôle de date dans le calendrier d'une vie...

    Au-delà de la médiatique émotion (bien normale) suscitée par la commération d'actes barbares, je n'oublierai pas que pour certains d'entre nous ici-bas, cette date peut symboliser le bonheur, et pour cause !

    Merci, Madame KroniK, d'avoir accepté, il y a neuf ans aujourd'hui, de glisser à votre doigt un anneau semblable à celui que je porte...

    KroniK

  • Où es-tu ? [25]

    [épisode précédent]

    - Ils se sont arrêtés !

    - Où ça ?

    - D’après le message du central, ils sont à Lujan.

    Juan Filiberto raccrocha son téléphone mobile avec un claquement métallique.

    - Lujan ? Où est-ce ?

    Au moins, Grégoire avait-il trouvé quelque chose à dire…

    - À l’ouest de la capitale. On devrait y arriver d’ici une vingtaine de minutes. Mais cela risque d’être assez coton. Cela n’a rien d’une campagne isolée…

    La nervosité était de plus en plus palpable. Grégoire se rongeait ostensiblement les ongles, incapable de réprimer son angoisse. Juan Filiberto fixait la route d’un regard maladif, comme si Blandine allait soudain apparaître devant la voiture de police. Quant à Mario, la tête engoncée dans ses épaules affaissées, il avait l’air de bouder comme un enfant auquel on aurait refusé un jouet ou une part de gâteau.

    Ce n’était pourtant pas le cas : les idées se bousculaient dans son esprit torturé. Il cherchait le moindre indice qui pourrait les mettre sur la voie. Mais il devait se rendre à l’évidence : ils n’avaient rien, absolument rien. Par le moindre élément pouvant les conduire vers Blandine…

    Il ressassait encore les mêmes idées noires lorsque le chauffeur les ramena à la réalité immédiate.

    - Nous entrons dans Lujan, Commissaire. Que voulez-vous faire ? Tourner en rond en essayant d’identifier le véhicule ?

    - Autant chercher un politicien intègre dans les rangs de l’Assemblée nationale… Allons plutôt au poste de police central. Ils devraient être en mesure de nous aider. De toute façon, nous devons les briefer.

    - Nous y serons dans deux minutes.

    Le trait d’humour de Juan Filiberto était vraiment tombé à plat et le silence reprit sa place dans le véhicule, alors que le chauffeur fonçait vers le poste de police.

    Il fut soudain interrompu par la sonnerie d’un téléphone mobile – encore un ! –, et l’air de salsa qui envahit l’habitacle leur parut particulièrement inopportun, comme une nouvelle agression. Tous les regards se tournèrent vers Grégoire, dont le visage s’empourprait violemment alors qu’il fouillait maladroitement dans la poche de son jean.

    Les deux commissaires s’apprêtaient à envoyer Grégoire au diable, lui et son téléphone. Mais à voir la tête qu’il faisait, fixant l’écran de son téléphone sur lequel à l’évidence était inscrit l’identité de son correspondant, ils comprirent qu’il y avait du nouveau.

    À ce moment-là, tout autant parce qu’il percevait l’attente des deux policiers que parce qu’il recherchait le soutien de deux aînés plus expérimentés que lui, Grégoire releva ses yeux emplis d’incompréhension et d’une indicible crainte, déjà embués de larmes.

    Il n’eut qu’un mot à offrir à leur oppressante attente :

    - Lui ?

    [à suivre]

  • Où es-tu ? [24]

    [épisode précédent]

    Il n’y eut pas d’embardée, pas de crissement de pneus, il n’y eut même pas un changement de revêtement qu’elle aurait pu noter. La voiture s’arrêta simplement. Du fait du changement de vitesse, son corps se tassa un peu plus contre la partie antérieure du coffre, puis vint rouler de nouveau dans sa position initiale lorsque la voiture fut à l’arrêt complet.

    Elle nota néanmoins que deux portières claquaient, mais cela n’avait rien de surprenant, en ce sens qu’elle avait bien été enlevée par deux hommes, tellement sûrs de leur coup qu’ils n’avaient même pas pris la peine de cacher leurs visages.

    Ils avaient déboulé tout à coup dans la chambre, alors qu’elle était assoupie. S’ils n’avaient fait autant de bruit, elle n’aurait peut-être pas remarqué leur présence. Mais se réveiller brusquement n’avait aidé en rien : ils avaient été tellement rapides qu’elle n’avait même pas eu le temps de crier, ni de se défendre.

    Ils l’avaient baillonnée et assommée – devait-elle dire chimiquement ? –, au moyen d’un vaporisateur dont ils s’étaient servis pour lui faire inhaler un gaz qui lui avait fait perdre connaissance presque instantanément. Elle n’était revenue à elle qu’en entendant la sonnerie de son téléphone mobile, qui l’avait peu à peu tirée de son artificielle torpeur.

    Elle avait réussi à retirer son baillon sans difficulté et à parler à Mario : ouf ! son ange gardien semblait encore veiller sur elle… Mais que signifiait ce rapt ? Qui pouvait lui en vouloir au point de l’enfermer sans ménagement dans un coffre de voiture ?

    Elle allait peut-être le savoir bientôt. Elle venait en effet d’entendre un bruit de pas. Quelqu’un s’approchait. Un instant plus tard, le coffre s’ouvrit. Aveuglée, elle ferma les yeux par réflexe. Celui qui s’était approché se retourna vers une personne qu’elle ne pouvait apercevoir.

    - Elle est encore dans les vaps !

    - Secoue-là un peu, elle devrait se réveiller sans problème.

    Elle était abasourdie : ces hommes parlaient en français. Une solide poigne la saisit alors par le bras. Elle ne put tergiverser plus longtemps.

    - Hé, réveille-toi !

    Elle ne se fit pas prier, tant l’homme lui malaxait la chair et les os au travers de l’étoffe qu’elle portait.

    - Où suis-je ? Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?

    - D’abord, que tu te taises, sinon je referme ce coffre et tu y passeras la nuit entière !

    Elle maugréa mais se montra docile. Elle ne voulait pas que qui que ce soit reste trop près de ce coffre, au fond duquel elle avait soigneusement caché son téléphone. Elle se dirigea spontanément vers le deuxième homme, laissant l’autre planté là.

    Arrivé sur le palier, le deuxième sbire fit une courbette protocolaire, visiblement ravi par son propre humour, et lui indiqua une grande porte-fenêtre, ouverte sur la cour.

    Elle entra… et eut aussitôt le souffle coupé.

    - Vous ?

    [à suivre]