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  • Rentre, il est tard ! [8]

    [épisode précédent]

    La banque, petite succursale locale d’une grande enseigne nationale, se fondait parfaitement dans le paysage urbain – signe qu’elle vivait au rythme de la population qui lui avait confié ses biens… phénomène assez rare pour attirer l’attention de LeDip.

    C’est donc plein d’espoir qu’il franchit le sas de sécurité.

    Et cet espoir ne fut pas déçu. La fleuriste connaissait apparemment fort bien les habitudes des deux employés qui constituaient l’effectif total de la succursale et dont l’un bénéficiait du titre de Directeur. Une fois annoncée la fonction du commissaire et l’objet de sa visite, c’est donc lui qui le reçut.

    Le sac déposé par Geneviève Dormeuil, la fleuriste, s’il avait bien été déposé au coffre, n’avait pas encore été traité : son contenu était donc tel qu'elle l'avait préparé.

    - Quelles ont été les manipulations effectuées sur le sac ?

    - Nous l’avons simplement transféré de la boite de dépôt sécurisée vers le coffre principal.

    - Les billets à l’intérieur devraient donc être intacts ?

    - En général, les commerçants placent les billets dans une poche en plastique - de type congélation - que nous leurs fournissons, accompagné d’un bordereau de dépôt. Vous pensez pouvoir relever des empreintes ?

    - Et bien d’autres choses encore, si nous avons de la chance. Mais pas nécessairement des choses utiles à l’enquête. L’argent circule entre de nombreuses mains et le matériel peut être inexploitable.

    - Que devons-nous faire ?

    - Pour l’instant, conservez le sac au coffre. Je vous envoie un technicien pour faire les prélèvements. Il y a bien une salle dans laquelle il pourra manipuler les billets sans avoir à les emporter ?

    - Les emporter ?

    - Justement, je ne voudrais pas en arriver là.

    - Attendez, cela compliquerait les choses. D’ailleurs, c’est la première fois que nous sommes confrontés à ce genre d’affaire. Je ne suis même pas sûr d’être en mesure d’autoriser votre technicien à entrer et ouvrir le coffre.

    - L’ouverture, vous vous en chargerez vous-même. Ne vous inquiétez pas.

    C’est plutôt LeDip qui commençait à s’inquiéter… Un peu lourd, le directeur de banque.

    - Écoutez. De toute façon, je n’aurai personne avant seize ou dix-sept heures. Pendant ce temps, consultez votre hiérarchie. Par ailleurs, le technicien sera accompagné par le brigadier Le Guirec, de la gendarmerie. Cela devrait suffire à vous rassurer ?

    - D’accord, d’accord, Commissaire. Il n’y a pas de problème. Pourriez-vous néanmoins faire en sorte que le technicien vienne à seize heures au plus tard. Sinon, j’aurai à mettre en œuvre un protocole de sécurité très complexe si je dois maintenir le coffre ouvert après dix-sept heures.

    LeDip acquiesça, en tâchant d’éviter de soupirer de manière trop ostensible…

    Coup de chance, la sonnerie de son portable…

    - Ah, Weigman. Quelles nouvelles ? Ah, du nouveau ! OK. J’arrive tout de suite.

    Il quitta alors précipitamment la compagnie du banquier.

    [à suivre]

  • Rentre, il est tard ! [7]

    [épisode précédent]

    La sonnette traditionnelle avait été remplacée par un mobile de bambous aux tonalités variées. LeDip se demanda s’il servait vraiment à signaler l’arrivée des clients et visiteurs ou si la maîtresse des lieux aimait tout simplement l’entendre fredonner dans la brise marine.

    Cela étant, il n’avait pas fait trois pas dans le magasin qu’une tête apparut dans l’embrasure d’une porte qui semblait s’ouvrir sur l’arrière-boutique.

    - Bonjour !

    - Ah, vous venez me voir pour l’histoire du gouffre, vous !

    - Eh bien dites donc, les nouvelles vont vite ! C’est Le Guirec qui vous a annoncé ma visite ?

    - Le Guirec ? Non, non. C’est pas dans son genre. C’est un bon gendarme. Non, j’étais avec les badauds, avant-hier. C’était jour de fermeture. Alors je vous ai repéré, pensez !

    - Vous devriez entrer dans la police.

    - Remarquez, si ça n’avait pas été vous, c’est moi qui serais venue vous voir…

    - Ah bon ? Et pourquoi ça ?

    - À cause du gypsophile, tiens !

    - Pardon ? Mais qui vous a parlé du gypsophile ? Weigman ?

    - Weigman ? C'est qui ce type ? Un collègue à vous ? Vous êtes obsédé par les fuites, vous. Vous faites toujours aussi peu confiance à vos collègues ? Ça finira par vous jouer des tours. Les gens finissent par s’aligner sur l’opinion que l’on se fait d’eux, vous savez...

    - D'accord, d'accord. Vous avez sans doute raison. Je suis un peu parano. Mais d’où tenez-vous cette histoire de gypsophile ?

    - Quand je dis le gypsophile, je pense plutôt aux bouquets. J’en ai vendu deux l’autre soir. Au même client. Il les voulait absolument identiques, et avec beaucoup de gypsophile. Et quand vous avez repêché le cadavre, dimanche, un des bouquets que j’avais réalisés la veille flottait là-bas, le gypsophile répandu à la surface. Vos gars n’ont rien remarqué ?

    - Vous avez reconnu votre bouquet ?

    - Ecoutez, ça fait quinze que je fais la fleur. Je suis la seule fleuriste digne de ce nom à des kilomètres à la ronde, Monsieur, vous pouvez vous renseigner sur ça aussi !

    - On m’en a déjà parlé. Mais votre perspicacité dépasse largement mes espérances ! Parlez-moi du client. Comment a-t-il réglé ?

    - Cash, vous pensez ! Surtout qu’il devait déjà savoir quel usage il ferait des bouquets !

    - Vous avez vidé votre caisse ?

    - C’était samedi. En fin de semaine, je vide toujours ma caisse. Remarquez... Vous pourriez avoir de la chance, si vous cherchez des empreintes ou des trucs comme ça. Ici, la banque est ouverte le samedi, donc fermée le dimanche et le lundi. Il se peut qu’ils n’aient pas encore traité mon enveloppe. Il est à peine onze heures… et ils ont sûrement commencé par les gros clients. Je ne suis qu’une simple fleuriste.

    - La banque ?

    - Derrière la poste. Vous pouvez pas la manquer. Une fleur pour votre dame ?

    - Je ne suis pas marié.

    - Alors partez vite, avant que je vous croque, Monsieur le policier pressé. C’est pour ça que vous avez pas gardé de femme !

    [à suivre]

  • Rentre, il est tard ! [6]

    [épisode précédent]

    - Heureux de constater que vous avez déjà des éléments d’explication ! J’ai aussi des choses à vous montrer…

    Les deux hommes étaient dans une des salles d’autopsie à l’institut médico-légal et, à l’évidence, Weigman, le médecin légiste, souhaitait échanger les informations qu’il avait obtenues contre les spéculations du commissaire. C’est que celui-ci ne s’était pas montré bavard la veille sur la grève.

    - Vous vous demandez à quoi je faisais allusion hier, sans doute ?

    - On ne peut rien vous cacher !

    - Oh, rien de bien compliqué. On a retrouvé une tête et un corps décapité. Cependant, un témoin a vu un homme assis au bord du gouffre. Je pense que le témoin affirme qu’il s’agissait d’un homme à cause de la corpulence…

    Il montrait le corps posé devant eux.

    - En fait, ce qu’elle a vu, c’est un montage : la tête de la femme collée sommairement sur le corps de l’homme. Avant son arrivée, son chien, ou le vent, ont précipité cette marionnette sans vie par-dessus la corniche. Mais la tête s’est décrochée.

    - Drôle de mise en scène !

    - Disons plutôt curieuse…

    - Si vous préférez…

    - Et vous, quoi de neuf ?

    - J’en sais plus sur l’homme. Les causes de la mort, notamment. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il n’est pas mort noyé… mais il n’est pas mort décapité non plus. Le « montage », pour reprendre vos termes, a eu lieu plusieurs heures après la mort, laquelle remonte à avant-hier : il était mort depuis au moins vingt-quatre heures lorsqu’on l’a retrouvé.

    - Mardi.

    - C’est ça.

    - Matin ?

    - Je ne peux pas vous le dire. Pourquoi ?

    - Disons que quelqu’un qui disparaîtrait mardi matin déjà… ça fait deux jours sans donner de nouvelles. Et personne ne s’est assez inquiété pour signaler une quelconque disparition.

    - Est-ce que vous avez analysé le produit qui a servi à coller la tête au reste du corps ?

    - Donnez-moi encore la journée. Je vous envoie ça ce soir. Vous rentrez à Lannion ?

    - Non, je reste à la gendarmerie de Plougasnou. Et la tête de la deuxième victime.

    - Ah ! C’est sans doute une femme d’origine ibérique. La densité de la mâchoire est supérieure à celle du reste de l’Europe.

    - Ah bon ?

    - C’est vrai pour les hommes aussi.

    - Quoi d’autre ?

    - J’ai trouvé ceci dans les voies aériennes supérieures. C’est du gypsophile paniculé, autrement dit le compagnon des fleuristes, la plante que l’on utilise pour garnir la plupart des bouquets.

    - Un fleuriste. Je crois que j’en ai vu un à Plougasnou, précisément.

    - UNE fleuriste. Monsieur est connaisseur. C’est la meilleure à des lieux à la ronde !

    [à suivre]

  • Rentre, il est tard ! [5]

    [épisode précédent]

    - Madame Zuffi ? Je suis le commissaire François LeDip. Je suis chargé de mener l’enquête sur cette affaire. Pensez-vous être en mesure de répondre à mes questions ?

    Elle acquiesça d’un hochement de tête.

    - Vous êtes en vacances ?

    - Oui. C’est une amie qui m’a conseillé la Bretagne. Elle ne pouvait pas savoir…

    L’accent semblait vaudois. LeDip ne put s’empêcher de sourire.

    - Pouvez-vous m’indiquer ce qui s'est passé, ou plus précisément ce que vous avez vu ?

    - J’étais en haut, là-bas, près de la Maison des Douaniers. Mon chien criait après cet homme, qui était assis, les pieds dans le vide. Mon chien s'était enfui et j'essayais de le rattraper. Et puis je me suis encoublée dans le pierrier et j’ai trébuché. Quand j’ai recouvré mon équilibre, l’homme avait disparu et Fifi courait le long de la falaise.

    - Merci Madame. Voilà qui est clair et succinct. Vous faites un excellent témoin. Vous nous avez été très utile. Allons-y, Le Guirec, j’aimerais voir ce que nous avons découvert jusqu’ici.

    Une fois terminé le travail du photographe, la tête avait été déposée à l’abri, sous une tente dressée devant une ambulance. Les deux hommes s’y rendirent aussitôt.

    - Le légiste est sur place ?

    - Il doit être devant la corniche. C’est là que le corps a été remonté.

    - Faites le venir. Vous avez raison, c’est bien une tête de femme. Vous avez des gants chirurgicaux ?

    LeDip fit pivoter la tête sur le sommet du crâne, afin d’observer la coupure. Il s’était saisi d’un goupillon pour récupérer une matière suspecte sur le contour de la blessure lorsque le médecin entra.

    - Drôle de cas, n’est-ce-pas commissaire ?

    - Disons plutôt curieux… Vous pourriez identifier cette matière ?

    - Je l’ai déjà remarquée mais je ne peux rien analyser ici. Cela étant, cela ressemble à de la glu, ou une sorte de colle.

    - Cela explique déjà bien des choses.

    [à suivre]

  • Rentre, il est tard ! [4]

    [épisode précédent]

    Le murmure fut en un instant une sourde rumeur et en moins de temps qu’il n’en faut à la marée pour partir à l’assaut des rivages bretons, c’est une tonitruante clameur qui parcourut la Côte de granit rose…

    Lorsque le commissaire François Ledip arriva sur les lieux une quarantaine de minutes plus tard, dépêché sur place depuis le Commissariat de Lannion, les gendarmes du poste saisonnier de Plougasnou avaient bien du mal à tenir la foule à distance. Ledip parvint néanmoins à s’approcher du brigadier Le Guirec, qui dirigeait l’opération pour la gendarmerie nationale. À sa surprise d’avoir été alerté alors que le Commissariat de Morlaix se trouvait bien plus près de la scène du crime, le brigadier répondit par un haussement d’épaules…

    - Le Finistère ? Vous rigolez ! Morlaix n’est pas dans les Côtes-d’Armor, et c’est une ville terrestre. Ils comprennent rien à ce qui se passe ici…

    Le commissaire n’avait pas non plus la moindre idée de ce qui s’était passé, alors il demanda au brigadier de lui faire rapport.

    - Nous avons été informés vers dix-neuf heures, par le patron du Café du Port. Une certaine Mireille Zuffi, touriste helvétique, avait selon ses dires découvert un cadavre au Gouffre, c'est-à-dire ici même.

    - Dans quelles circonstances ?

    - C’est en fait son chien qui aurait fait la macabre découverte. Il lui avait échappé, malgré l’interdiction de laisser les animaux en liberté dans cette zone…

    - Quelle race ?

    - Un teckel. C’est important ?

    - Allez savoir. Sans doute pas. Continuez.

    - Le témoin a aperçu furtivement une silhouette au bord du gouffre. Complète, je précise.

    - Complète ? Comment ça ?

    - J’y viens. Elle s’est approchée et lorsqu’elle a regardé par-dessus l’à-pic, elle a découvert un cadavre flottant en contrebas.

    - Comment a-t-elle su que c’était un cadavre ?

    - Eh bien justement, Commissaire. La tête manquait. Le noyé était décapité.

    - Je comprends. A-t-on retrouvé la tête ?

    - Oui et non.

    - Pardon ?

    - Eh bien, le témoin a bien aperçu une tête en contrebas sur une corniche et nous l’avons isolée sans difficulté, de même que nous avons remonté le cadavre.

    - Et alors ?

    - Je ne pense pas qu’il s’agisse du même individu, Commissaire.

    - Vous voulez dire que la tête et le cadavre ne correspondent pas ?

    - C’est bien cela, Commissaire. Mais vous jugerez par vous-même. Le corps est sans doute aucun celui d’un homme, alors que la tête, à première vue, semble être celle d’une femme.

    - Voilà qui est fort curieux.

    - Indubitablement…

    - J’aimerais interroger le témoin. Est-elle en état ?

    - Allons voir. Elle est là-bas.

    [à suivre]

  • Rentre, il est tard ! [3]

    [épisode précédent]

    - Fifi, mon brave Fifi, où me fais-tu courir comme ça ? Je n’ai plus toutes mes jambes, tu sais. Tu ne devrais pas me pousser ainsi au bout de mes forces…

    Ses prières ne tiraient de son compagnon de teckel, d’habitude si placide, que des salves incessantes d’aboiements rageurs. Le passant était-il donc toujours par là, à exciter le pauvre animal, par ses imprudentes acrobaties ?

    Prenant son courage et les rochers escarpés à deux mains, elle s’approcha prudemment du bord, malgré le vertige qui la tenaillait. Mais il fallait bien répondre à l’appel tenace du chien affolé !

    Elle lança un regard par-dessus l’à-pic du gouffre, afin de voir se qui se passait en contrebas, pensant apercevoir une corniche et quelque adolescent en train de provoquer son Fifi, déjà prête à le sermonner et à l’envoyer au diable.

    Au diable ? Le malheureux y était peut-être déjà ! Un cadavre flottait à la surface de l’eau. À ses habits, elle reconnut la silhouette qu’elle avait aperçue quelques minutes auparavant. Mais il ne pouvait s’agir de cette silhouette inconnue : le corps sans vie était aussi privé de sa tête !

    Par réflexe, plus que par intérêt, Mireille parcourut la falaise du regard… Pour croiser, bien malgré sa volonté, cet autre regard qui la scrutait sans la voir, depuis une corniche à peine deux mètres plus bas.

    Combien de nuits vivrait-elle avec ce visage qui l’observerait jusque dans son sommeil bouleversé ?

    Pour l’heure, elle courait le long du rivage, ignorant le menhir des marsouins qu’elle aurait sans doute admiré en d’autres occasions, et elle courait encore et encore à perdre haleine, suivie par son abondant teckel désorienté de la voir le précéder ainsi et elle marchait maintenant, titubant presque, pour entrer enfin dans le premier commerce du bord de mer. C’était le Café du Port.

    - Un mort, un mort ! Elle hurlait la pauvre, comme si les clients ne l’entendaient pas. À la falaise là-bas, un mort.

    On en a vu d’autres en Bretagne, des noyés. Surtout avec ces parisiens qui croient tout connaître et payent parfois au prix fort leur arrogance démesurée. Les gens se tournèrent poliment vers la touriste échevelée.

    - Un mort sans tête… murmura-t-elle alors, comme si elle venait à peine de comprendre ce qu’elle avait vu.

    Le Breton a l’ouie fine, lorsqu’il le veut. Les conversations se brisèrent sur le mur de la stupeur… et de la curiosité.

    [à suivre]

  • Rentre, il est tard ! [2]

    [épisode précédent]

    Mireille Zuffi craignait ce qu’elle appelait la falaise mais que les gens du coin nomment « le gouffre », l’espace qui sépare une île – ou plutôt un gros rocher de granit déchiqueté par les assauts du temps et de l’océan – de l’extrême pointe de Primel-Trégastel, petit village breton dépendant de la commune de Plougasnou.

    Comment Mireille avait-elle décidé de se promener de ce côté du village ? Peut-être l’attrait de l’ancienne Maison des douaniers qui surplombait la plage et la côte magnifique de part et d’autre de la pointe battue par le vent.

    Mais l’heure n’était plus à la promenade touristique. Fifi s’éloignait de plus en plus et Mireille avait toujours plus de mal à le suivre. Et que dire du sentier rocailleux sur lequel l’animal gambadait avec entrain ? Escarpé, abrupt même, plein de pièges menaçant à tout instant ses chevilles d’horribles supplices…

    À peine avait-elle franchi le sommet du chemin qui avait jadis servi la ronde des douaniers qu’elle aperçu de nouveau Fifi. Il était à peine à quelques centimètres du bord du gouffre et aboyait avec fureur. Elle ne vit pas tout de suite la raison de son courroux. Puis elle compris : une silhouette était assise au bord même de la falaise, les pieds dans le vide !

    Sous le coup de la surprise, Mireille trébucha. Elle posa une main sur un bloc de granit, avant de se rétablir avec peine. Elle leva les yeux de nouveau vers le rivage. La silhouette avait disparu ! Et Fifi courait le long du gouffre en aboyant de plus belle !

    Elle fit un effort colossal pour presser le pas, luttant contre le vent qui s’était levé subitement et soufflait maintenant en fortes bourrasques. Hors d’haleine, les jambes douloureuses, elle atteint enfin le bord de l’à-pic de rochers disloqués.

    [à suivre]

  • Rentre, il est tard !

    - Fifi ! Fifi !

    La voix était à la fois stridente et comme entrecoupée de sanglots et de râles : Marianne Zuffi avait à l’évidence bien du mal à suivre son abondant teckel.

    - Fifi ! Rentre, il est tard !

    Mais l’animal, tout abondant qu’il était, n’avait aucun mal à distancer sa maîtresse qui, osons le dire, ne manquait pas d’embonpoint non plus. Et, à quatre solides pattes contre deux jambes fragilisées par l’érosion du temps et l’émotion de l’instant, le combat était tout à fait déséquilibré. À l’avantage du quadrupède, évidemment.

    - Fifi ! La voix s’était faite plus péremptoire. Ne t’approche pas de la falaise !

    C’est que Mireille Zuffi passait ses vacances au bord de mer. Quittant sa Romandie natale pour une nouvelle villégiature, elle avait opté cette fois pour la Bretagne, dont une amie de longue date lui avait vanté le climat tempéré. Elle ne voulait pas revivre les affres de son séjour tunisien durant lequel, passées les émotions de l’arrivée, elle avait vraiment trop souffert de la chaleur. (1)

    Côté température, Mireille était bien servie. Côté tour de taille, elle n’avait pas eu besoin de cette nouvelle course derrière son brave animal pour comprendre que la cuisine bretonne n’était pas faite que d’algues et de fruits de mer…

    Mais elle n’aurait pas à se faire de souci pour les calories du repas du soir. Ce qu’elle allait découvrir (ce que Fifi avait en fait d’ores et déjà humé parmi les embruns et qui justifiait sa course folle) se chargerait de lui couper l’appétit, si ce n’était la langue, au moins jusqu’au lendemain matin.

    [à suivre]

    (1) Voir Escale à Carthage.

  • 7 janvier 2007

    Aujourd'hui, en ce dimanche de l'Épiphanie, cultivons le paradoxe : savourons le temps en prétendant qu'il n'existe pas !

    Certes, ce n'est que de la philosophie au coin de la cheminée... mais Dieu que c'est bon !

  • 4 janvier 2007

    C'est comme si la nature voulait nous aider à reprendre un rythme plus raisonnable après les frasques de la fin d'année, faites de voyages, agapes, nuits blanches, musique, tango...

    Au pied du chalet, dès notre retour de l'aéroport, c'est bien la neige qui nous accueille, alors que la France avait si chaud il y a une heure encore, à la pointe de la Bretagne !

    La nature nous impose alors sa loi, pour calmer nos ardeurs : le pas est plus lent, un pelle à neige à la main... mais le pas, comme le souffle, est plus sain.

    J'aime le rythme lent des Dryades et des monts du Jura...

  • 3 janvier 2007

    Panne !

    Voilà comment pourrait s'intituler ce premier billet de l'An Neuf (non d'inspiration, comme le pensent certaines mauvaises langues, mais bel et bien d'informatique : le modem est mort... et point ne vit le modem "nouveau")

    Me voilà ancré au coin de la véranda afin de pirater sans vergogne le réseau de notre brave voisin Marc... mais c'est pour une bonne cause : il faut bien que nous vous souhaitions à tous une bonne année !

    Alors voilà, sous réserve que ce message franchisse l'éther pour trouver place dans la déferlante de bits, voire d'octets, courant sur les fils de l'installation voisine dès que j'aurais cliqué sur le bouton "Enregistrer", nous vous aurons souhaité une très bonne année 2007.

    Flavius, KroniK... et la Brune !