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  • Vu sur... Politis (30 juillet 2006)

    Cessez le feu !

    Les milices du Hezbollah crient victoire après le retrait des troupes israéliennes de Bint Jbeil. Selon diverses sources, huit soldats israéliens et cinquante combattants du Hezbollah auraient ont péri dans les affrontements. Les deux parties démentent.

    D’ores et déjà, on déplore pour sûr quinze victimes civiles dans cette zone. Quinze victimes de trop.

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  • Mariage pluvieux... [14]

    [épisode précédent]

    - Vous avez demandé à me rencontrer ?


    Juan Filiberto n’avait pas entendu arriver le Président et, évidemment, alors qu’il réfléchissait depuis de longues minutes à la manière dont il aborderait leur conversation inespérée, il avala de travers, surpris par l’entrée soudaine de Kirchner.

    Par chance, le Président était un gentleman…

    - Ah, vous vous êtes servi. Vous avez bien fait. J’étais sûr qu’ils vous avaient laissé mourir de faim pendant toute la journée. Cela ne vous ennuie pas si je me joins à vous ? Je n’ai rien mangé de la journée, moi non plus !


    Heureusement, il ne laissa pas à un Juan confus l’opportunité de répondre. Il s’assit près de lui et se servit un verre de vin.

    - J’adore ce vin. Herman et Graciela Schoeder se sont lancés très récemment dans la vigne, au début 2000 ou 2001. Ils ont appelé leur vin Saurus, parce qu’ils ont découvert le fossile d’un dinosaure lorsqu’ils ont entrepris la construction de leur cave. Depuis, comme je suis originaire de Patagonie et que j’ai souvent l’impression d’être un fossile vivant dans ce monde qui a décidé pour des raisons qui m’échappent d'aller plus vite de jour en jour, sans accorder une minute à la réflexion, je m’identifie un peu à leur quête de la perfection, dans cette viticulture où il faut surtout laisser du temps au temps. Vous voulez trinquer ? Boire seul, c’est s’enfoncer encore plus loin dans la solitude…

    - Avec plaisir, Monsieur le Président !

    - Oh, laissons tomber le protocole. Il est minuit et quart. Appelle-moi Nestor. Je présume que tu es du même bord que moi en politique, sinon tu ne serais pas venu me voir ou tu ne serais plus dans la police par les temps qui courent !

    - J’ai voté pour vous au premier tour.

    - Et l’ami Menem a refusé l’obstacle du second !

    - Aviez-vous vraiment besoin d’un plébiscite ?

    - Oh moi, non. L’Argentine, en revanche, aurait pu se passer d’une fanfaronnade supplémentaire de ce bouffon corrompu… Mais j’imagine que tu n’es pas venu me parler de politique ?

    - Si vous permettez, je vais me servir un autre verre de vin. Cela fait des heures que je prépare ce que je vais vous dire et je dois vous avouer que votre entrée impromptue m’a désarçonné !

    - À la bonne heure, un policier qui n’use pas de langue de bois ! À la tienne, camarade ! Comment t’appelles-tu ?

    - Juan Filiberto de Dios.

    - Moi, je répète, c’est Nestor. Qu’as-tu à me dire ?

    - Vous devriez… pardon, tu devrais boire un verre de plus. Tu n’as rien de plus fort ?

    - Ce malbec fera très bien l’affaire… Me crois-tu trop tendre ?

    - Pas le moins du monde, Président.

    - Alors parle.


    Juan respira un grand coup et se lança.

    - J’ai retrouvé ton frère. Osvaldo.


    Les épaules du Président s’affaissèrent et une grande tristesse envahit son regard, son visage, son corps tout entier, la pièce même.

    - On a retrouvé son corps ?

    - Non, il est vivant. Mais ce que j’ai appris est peut-être pire que la mort.

    - Va, Juan. Je t’écoute.


    [à suivre]

  • Mariage pluvieux... [13]

    [épisode précédent]

    À Buenos Aires, le Palais du gouvernement présente sa façade rose sur la Place de Mai. Il abrite les bureaux présidentiels. Nestor Kirchner, qui a hérité du pouvoir après les émeutes de Noël 2001, la valse des présidents et une victoire à la Pyrrhus face au dernier baroud (d’honneur ?) de l’ancien président Carlos Menem, est connu pour travailler tard le soir…

    - Monsieur le Président ?

    - Mm… Oui, Carlos, qu’y a-t-il ?

    - Monsieur le Président, il est vingt-trois heures et vous n’avez plus de rendez-vous…

    - Oui, Carlos, il est rare qu’on en sollicite à cette heure-là. Vous pouvez rentrez si vous le souhaitez.

    - Justement, Monsieur le Président.

    - Oui ?

    - Il y a quelqu’un, en bas.

    - Oui, et alors ? Je n’ai pas noté de rendez-vous pour ce soir.

    - Il attend depuis six heures du matin.

    - Pardon ? Qui est-ce ?

    Tendant une carte de visite, Carlos poursuivit.

    - Il s’appelle Juan Filiberto de Dios. Il est commissaire de police.

    - Et que veut-il ?

    - C’est le problème. Il n’a rien voulu dire…

    - Qu’est-ce que c’est que ce détraqué ? J’ai du boulot !

    - Justement. Il semble très calme, il a laissé son arme de service à la sécurité. Il s’est excusé de n’avoir pas pris rendez-vous. Arguant du fait que les aléas de l’enquête qu’il mène en ce moment ne lui avait pas permis d’envisager telle issue.

    - Eh bien, pour quelqu’un qui n’a rien voulu dire, il est bien bavard ! Et sur quoi enquête-t-il ?

    - L’évasion de Mariano Torres Bisbal.

    - Ah bon ? Et il veut me voir à ce sujet ? Ecoutez, dites-lui que je le recevrai dès que j’aurai terminé. J’en ai environ pour une heure.

    - À vos ordres, Monsieur le Président. Voulez-vous que je demande à la sécurité de faire monter quelqu’un ?

    - Non, non. Vous plaisantez ? Un commissaire de police… Et faites-le donc monter au Salon blanc. Et qu’on nous prépare une petite collation. Je meurs de faim et je suis sûr qu’il n’a rien mangé de la journée, lui non plus. Et ouvrez-nous une bouteille de Saurus Patagonia Select, de la famille Schroeder, de Neuquén. Un malbec, de préférence.

    - Oui Monsieur.

    [à suivre]

  • Mariage pluvieux... [12]

    [épisode précédent]

    Ce qu’elle vivait lui rappelait les années noires de la dictature : les coups, l’isolement, les humiliations, la faim, la soif. Et pourtant, c’est elle qui avait souhaité cette rencontre. Elle savait que c’était sa seule issue.

    Elle libre, lui enfermé, Alicia aurait attendu jour après jour son évasion ou sa remise en liberté pour une raison ou une autre. Toujours dans l’angoisse, la peur constante que ce nouvel équilibre ne se brise et que Bisbal ne fasse irruption dans sa vie et celle de ses proches sans crier gare, en les prenant par surprise.

    Elle avait donc provoqué la rencontre. Elle savait qu’en lui faisant parvenir ce mot, elle déclencherait le scénario qui s’était déroulé comme elle l’avait prévu. Une évasion, ô combien facile, dans cet univers carcéral corrompu, peuplé de part et d’autres des barreaux par les épaves des années de plomb : ceux qui s’étaient fait prendre d’un côté, ceux qui avaient eu un peu plus de chance de l’autre…

    Elle attendait aussi la violence mais elle en était convaincue, c’était la seule voie. Il fallait que l’affrontement véritable ait lieu. Loin des prétoires et du jury populaire. En dehors de tout cadre judiciaire. Juste elle et lui.

    Mais Bisbal le tortionnaire brutal cachait en lui un Osvaldo toujours aussi faible… et les faibles trichent ou s’enfuient au moment du véritable combat. Au lieu de s’engouffrer dans la voie qu’elle lui avait tracé, chemin de rédemption, il avait écouté les faucons, les anges de la mort.

    Il n’était pas venu seul. Il avait emmené dans son sillage Claudia Luschini… et Laura Ana.

    Ce qu’il ignorait sans doute, c’est qu’en ce jour comme vingt-cinq ans plus tôt, elle n’avait pas peur de lui. Pour une bonne et simple raison, c’est qu’elle connaissait aussi bien Mariano Torres Bisbal qu’Osvaldo Kirchner.

    Au-delà de la survie et de celle de sa fille, se jouait à ses yeux une partie bien plus importante, qui avait commencé à l'université de Belgrano. Elle voulait ocmprendre. Elle voulait savoir.

    L'épilogue commençait à peine.

    [à suivre]

  • Mariage pluvieux... [11]

    [épisode précédent]

    Juan Filiberto avait décidé d’impliquer Andrés et Jorge dans la discussion. Ils furent donc dépêchés l’après-midi même au commissariat. Fidèles, Raul et Roger étaient aussi de la partie.

    Les six hommes, puisque Miguel Angel était présent, sa découverte l’ayant propulsé au rang d’enquêteur à part entière, se retrouvèrent à seize heures dans la salle de réunion surchauffée du commissariat.

    Suite aux découvertes du matin, Juan Filiberto de Dios hésitait entre emphase et prudence extrême. Cependant, il avait de l’estime pour les personnes présentes et préféra leur parler comme à des alliés.

    - Messieurs, toute peine et émotion mise à part, cette affaire se révèle pleine d’enseignements et nous a d’ores et déjà permis de lever le voile sur certaines zones d’ombre de notre histoire commune. Je veux dire, commune à tous ceux qui furent concernés par l’histoire politique et sociale de l’Argentine des années de la dictature.


    À l’évidence, l’émotion l’avait fait opter pour l’emphase…

    - Je ne suis pas tout à fait des vôtres. Mais j’ai perdu un ami cher… et une partie de ma main gauche de l’autre côté des Andes, au Chili.

    - Roger est vraiment des nôtres, Juan. Dis-nous plutôt ce que tu as découvert.


    Entre camarades, le tutoiement était maintenant de rigueur.

    - En réalité, la découverte revient à Miguel Angel. Il a suivi la piste proposée par Jorge. Celle de l’université de Belgrano. Jorge a mis dans le mille. Alicia et Bisbal se sont bien rencontrés là-bas.

    Miguel Angel était écarlate. Plaisir, fierté, excitation, gratitude envers un chef qui n’accaparait pas les résultats de son enquête, multitude de sentiments mêlés.

    - Miguel Angel, explique-leur donc ce que tu as découvert.

    - Eh bien, j’ai eu de la chance. Je suis parti d’un certain nombre d’hypothèses. Sur la base des années qu’Alicia a passées à l’université, j’ai établi la liste des étudiants qui avaient pu la rencontrer. Il y en avait des centaines ! Alors, j’ai appliqué un certain nombre de filtres qui me semblaient plausibles : l’âge des étudiants, plus âgés qu’Alicia qui, très mûre, ne s’intéressait probablement aux blancs-becs plus jeunes qu’elle. Leur domaine de compétence aussi : je ne l’imaginais pas en train de philosopher sur le sexe des anges, la biologie ou la physique quantique. Alors j’ai focalisé ma recherche sur les sciences politiques et le droit.


    Tous acquiesçaient en silence, conscient que la moindre interruption n’aurait fait que déclencher un flot d’explications techniques et retarder la chute et la révélation qu’ils attendaient.

    - Là où la chance m’a vraiment souri, c’est que depuis quelques années et l’avènement d’Internet, Belgrano a décidé de mettre en ligne ses archives photographiques. Et j’ai trouvé une photo…


    On voyait quatre garçons et trois filles. Ils étaient à la tribune, dans un amphithéâtre. Ils animaient une réunion ou une assemblée d’étudiants. Les grandes grèves lancées par Belgrano ?

    Alicia était la deuxième à partir de la gauche. Andrés eut les larmes aux yeux en la reconnaissant. Laura Ana lui ressemblait tant ! Miguel Angel poursuivait, Andrés avait un peu perdu le fil.

    - … tient la main du gars près d’elle. Vous savez qui est ce gars ?


    Les plus jeunes ne réagirent pas. Mais Raul s’exclama :

    - Incroyable ! Osvaldo Kirchner ! Le frère du Président. C’est probablement une des dernières photos de lui vivant. Où avez-vous dégoté ça ? Je ne suis même pas sûr que Nestor connaisse ce cliché.


    Juan Filiberto reprit les rênes de la conversation.

    - C’est bien ça Raul. Sauf que c’est bien loin d’être la dernière photo du héros de la résistance étudiante.

    - Ah bon ? Vous en avez trouvé d’autres ?

    - Oui, et la dernière photo officielle en date est celle-ci.


    Il brandissait un autre cliché.

    - Tu plaisantes Juan. C’est une photo du procès de Bisbal. Elle a fait la une de tous les… Comment, qu’est-ce que tu veux nous dire ? Osvaldo Kirchner ? Bisbal ? Tu blasphèmes !

    - Écoutez, le site web de Belgrano a des archives d’une richesse exceptionnelle. Non seulement ont-ils mis en ligne les photos, mais aussi les archives sonores. Miguel Angel, magnétophone.

    - J’ai l’enregistrement sur mon portable, commissaire.

    - OK, comme tu veux, j’y comprends rien à vos nouveaux trucs.

    Miguel Angel s’activa quelques instants autour de son ordinateur et d’une paire de haut-parleurs miniatures, et une fenêtre apparut à l’écran. On y retrouvait les protagonistes de la photo, mais en vidéo cette fois.

    Le son n’était pas très bon mais lorsque à l’écran Osvaldo Kirchner prit la parole, tout devint clair.

    - Bisbal ! C’est bien la voix de Torres Bisbal !

    - Comment est-ce possible ? Comment Osvaldo Kirchner, le leader des grèves étudiantes a-t-il pu se transformer en un bourreau sanguinaire, en un assassin, un tortionnaire ?


    [à suivre]

  • CR#15

    Combien de coups sur le cèdre jusqu’à l’abattre à jamais ?
    Posez vos cognées, bûcherons sans vergogne !

  • Chez moi

    C’est chez moi, ici
    dit l’un
    la terre de mes ancêtres
    dit l’autre
    le sanctuaire de ma foi
    un autre encore
    le symbole de ma puissance
    un autre
    ma nation souveraine
    un autre
    l’école de mes enfants
    un autre
    un jardin pour ma famille
    un autre
    un havre après l’exil
    un autre
    j’y ai retrouvé mon père
    un autre
    nous vivions en paix
    un autre
    nous cultivions les champs
    un autre
    nous écoutions leurs chants
    un autre
    notre seul espoir
    un autre
    un champ de mine
    un autre
    voilà tout ce qui reste
    un autre
    nous avons tout détruit
    un autre
    ce n’était même pas chez nous
    dit l’un
    un enfant pleure
    dit l’autre
    une mère se lamente
    un autre encore
    un soldat meurt
    un autre
    une femme
    une autre
    un enfant
    un autre
    un homme aussi
    un autre
    un autre
    un autre
    un autre
    un autre
    un autre
    un autre

  • Mariage pluvieux... [10]

    [épisode précédent]


    - J’ai vérifié, Jorge a raison !

    - Comment ça ?


    Juan Filiberto de Dios observait avec attention et une certaine dose de paternalisme le jeune policier qui venait de faire irruption dans son bureau. Sans frapper au demeurant. Cette nouvelle génération, encore noble, orientée résultat, comme le répétaient sans cesse les consultants recrutés à prix d’or par la direction centrale, oubliait parfois le sens de la hiérarchie et des valeurs anciennes dès qu’une trouvaille – non vérifiée – sur Internet permettait à leur yeux de « booster » une enquête. Dieu que ces anglicismes lui portaient sur les nerfs !

    Nous étions sans aucun doute dans ce cas de figure, au vu des documents imprimés que brandissait Miguel Angel Rios sous les yeux du commissaire. Les « accros » du navigateur avaient encore frappé.

    - Qu’avez-vous donc déniché ?

    - Alicia San Martin et Mariano Torres Bisbal était bien à l’Université de Belgrano durant la même période.

    - Ah, magnifique ! Et comment cela va-t-il nous aider à déterminer où ils se trouvent en ce moment ?

    - En fait, je n’en sais rien. Pour être franc, commissaire, je pense même que cela va plutôt nous compliquer la tâche.

    - Ah bon, et pourquoi ?

    - Voyez-vous, comment dire, c’est qu’il n’y avait aucun Torres Bisbal inscrit à l’université à l’époque pendant laquelle Alicia San Martin étudiait.

    - Vous m’étonnez de plus en plus. Continuez !

    - Eh bien, c’est avec l’informatique. Vous savez, tous ces trucs que vous n’aimez pas vraiment. Je suis allé voir les gars de la scientifique, on a un peu filtré les données, fait des recoupements, bidouillé deux ou trois algorithmes de sélection, et, to make a long story short, comme ils disent dans les Malouines, on a trouvé un gars qui, d’après-nous, pourrait être à la fois le petit copain d’Alicia à l’époque et Torres Bisbal aujourd’hui.


    Juan était à la fois trop estomaqué pour tenir compte de l’allusion peu patriotique aux Malouines et trop impatient de connaître le résultat des recherches de son jeune collaborateur pour se laisser aller à exprimer un fois de plus son horreur pour tous ces gadgets modernes qui laissaient croire que les affaires étaient normalisées au point de pouvoir être résolues par des ordinateurs.

    - Et alors, quel est le résultat de vos recherches ?

    - Mariano Torres Bisbal est un pseudonyme. Cet homme a changé de nom.

    - Comment s’appelait-il auparavant ?

    - Voyez vous-même.


    Il lui montra une photo et une liste de noms. L’un d’entre eux était surligné en jaune fluo. Juan Filiberto de Dios s’y prit à deux fois pour exprimer sa pensée.

    - Lui ?

    - Oui, Monsieur le Commissaire. Comme je vous l’ai dit, nous progressons mais les choses ne sont peut-être pas plus simples maintenant.

    - C’est le moins que l’on puisse dire !


    [à suivre]

  • Mariage pluvieux... [9]

    [épisode précédent]

    - Vous êtes vraiment sûrs que c’est son écriture ? Elle n’a pas pu être imitée ?


    Au premier regard, Roger comprit qu’il valait mieux battre en retraite…

    - Alors là, il y a quelque chose qui m’échappe. Qu’est-ce qui a bien pu la pousser à faire passer un mot pareil à cette ordure ?


    Les cinq hommes étaient plongés dans ce qui ressemblait à une intense réflexion mais qui aurait également pu être un profond désarroi. Le vide, en somme.

    Juan fut le premier à reprendre ses esprits, probablement parce c’était un professionnel et qu’il pouvait prendre plus de distance que les autres, trop impliqués, trop émotionnellement engagés.

    - Qu’avons-nous dans cette affaire ? Un militaire pourri, la dictature, les disparus. Ce militaire torture des hommes et des femmes. Le tortionnaire, c’est Bisbal. Après les années noires, l’une de ses victimes, Alicia, le reconnaît. Elle se cache depuis la fin de la dictature, préférant passer pour morte auprès de sa fille, Laura Ana, qu’elle envoie en Europe et qu’elle confie à la garde d’Andrés. Puis surgissent les anges de la mort, qui échouent dans leur tentative d’enlever Laura Ana pour faire pression sur Alicia. Enfin, c’est le retour, le procès, la condamnation de Bisbal. Et au bout du compte, celui-ci s’évade et se rend à un rendez-vous qu’Alicia a elle-même fixé.

    - Je n’y comprends rien.


    Andrés paraissait complètement abattu. Il respirait avec difficulté, comme si les événements l’oppressaient même physiquement.

    - J’ai peut-être une explication.


    Comme un seul homme, tous se tournèrent vers Jorge.

    - Je me suis toujours demandé comment Alicia avait réussi à reconnaître Torres Bisbal. Je n’ai jamais vraiment compris comment nous avions réussi à la protéger pendant des années alors que Bisbal avait les anges de la mort et toute une armée à son service, y compris les militaires de ce pays et une bonne partie de la police. Désolé de t’insulter Juan, ne le prends pas personnellement.


    Celui-ci lui indiqua d’un mouvement de la tête que cela n’avait pas d’importance et l’invita à poursuivre.

    - D’après-moi, Alicia et Torres Bisbal se connaissaient avant la dictature. C’est pour cela qu’elle l’a reconnu, alors que les prisonniers avaient une cagoule sur la tête, étaient drogués, et que, cela a été dit au procès, Torres Bisbal avait fait appel à la chirurgie esthétique pour modifier son visage.

    - Il est vrai que le procès n’a jamais fait état de la manière dont elle l’avait reconnu, acquiesça Filiberto.

    - Je pense qu’elle l’a reconnu grâce à un détail autre que son visage : sa voix, ses mains, autre chose…

    - Et tu penses qu’ils se connaissaient avant ? D’où te vient cette idée ?

    - Écoute. Quel est l’âge d’Alicia ?

    - Euh, cinquante-huit, soixante peut-être. Je dois avoir ça dans les papiers du mariage.

    - Laisse tomber, Andrés, on va trouver.

    - Et quel est l’âge de Torres Bisbal ?


    Juan Filiberto de Dios consulta ses notes.

    - Soixante-et-un.

    - Cela pourrait coller.

    - Comment ça ?

    - Je pense qu’ils étaient en même temps à la fac de droit. À Belgrano.


    [à suivre]

  • Insomnie

    L’éternité
    n’est qu’un souffle
    face à la nuit
    qui me traîne
    d’étoiles mortes
    faibles lueurs
    en aube grise

    J’attends
    le repos
    glisse s’évade
    le corps meurtri
    alangui
    faiblesse terne
    décharnée

    Tu dors
    unique fil
    qui me relie
    à ce monde
    étrange
    qui entoure
    notre lit

    Où est la porte
    la voie
    j’ouvre les yeux
    le noir encore
    en moi ce mal
    rongeur
    avide

    Vide mon cœur
    vide ma nuit
    vide mon âme
    flamme soufflée
    par l’éternité
    de cette nuit
    encore attendre

  • Battre

    Pulsation source
    de vie de douleur
    tu hantes ma nuit
    par la peur ternie

    Rythme c’est trop
    débridé secousse
    mon corps palpite
    la mort l’attire

    Ce poing qui frappe
    ma peau meurtrie
    de l’intérieur
    pire ennemi

    Puis tout s’affaisse
    je glisse je fuis
    j’hésite recule
    encore la peur

  • Mariage pluvieux... [8]

    [épisode précédent]

    Deux jours s’étaient écoulés, sans apporter la moindre nouvelle.

    Jorge et Andrés, accompagnés de Raul et Roger qui ne les lâchaient plus, palliaient leur nervosité en parcourant la ville d’amis en amis, propageant la nouvelle, cherchant des indices. Sans succès.

    L’enquête de police se poursuivait en parallèle. À la prison, dans les cercles connus pour être favorables aux anciens dictateurs, également chez les proches d’Alicia et de Laura Ana. Mais Mariano Torres Bisbal et Claudia Luschini demeuraient introuvables.

    Le seul espoir résidait dans le fait qu’aucun cadavre n’avait été découvert. Politiques et policiers étaient d’accord sur cet unique point : Alicia et Laura Ana étaient encore vivantes.

    Cependant, d’un côté comme de l’autre, les recherches piétinaient. Les deux parties décidèrent de se rencontrer et de faire le point. C’est le commissaire Juan Filiberto de Dios qui conduisait l’enquête policière.


    - J’aimerais essayer de retracer un tableau complet de la situation, ce qui n’est pas simple car même si la disparition a eu lieu il y a deux jours, c’est somme toute une affaire qui couvre plusieurs dizaines d’années. Mais avant tout, on a du nouveau.

    - Ce n’est pas une disparition, c’est un enlèvement !

    - Justement. Nous avons interrogé la plupart des danseurs qui étaient à la Confitería Ideal. Ils n’ont rien remarqué de particulier...

    - Et alors ?

    - Écoutez, je cherche autant que vous. Gardez votre agressivité pour d’autres occasions.

    - Il a raison, Andrés. Calme-toi… Vous disiez que vous aviez du nouveau ?

    - Si les danseurs n’ont rien remarqué, c’est parce qu’il n’y a pas eu de violence. Alicia San Martín a sans doute quitté les lieux de son plein gré.

    - De son plein gré ? De son plein gré ? Mais vous délirez, mon vieux ! Mariano Torres est son pire ennemi, Alicia l’a fait condamner, elle a failli tuer Claudia Luschini il y a deux ans à Paris. Et vous me dites qu’elle les a suivis de son plein gré ? Et vous expliquez ça comment ?

    - Nous avons toutes les raisons de croire qu’elle voulait rencontrer Bisbal.

    - Comment ?


    Andrés s’était levé d’un bond. Raul, Jorge et Roger ne furent pas trop de trois pour le retenir avant qu’il ne se rue sur le policier.

    - Expliquez-vous, s’exclama Roger. Calme-toi nom de Dieu. On n’avancera à rien si tu continues comme ça. Garde tes forces pour tes véritables adversaires !

    - On nous a transmis ce matin le document qui indiquait l’adresse de la Confitería Ideal. Vous savez, celui grâce auquel Bisbal a trouvé la planque de votre belle-mère. Regardez vous-mêmes…

    Le document était en fait un prospectus publicitaire. Une simple feuille de format A5, comme celles que l’on reçoit tous les jours dans la rue ou dans les boîtes aux lettres. Il n’avait rien de particulier.

    - Et alors ?

    - C’est ce qui écrit au verso qui est intéressant.


    Jorge tourna la feuille. On y avait griffonné quelques mots.

    « Je t’y attendrai lorsque tu sortiras. »


    Jorge et Andrés reconnurent immédiatement l’écriture. Sans aucun doute, ce message avait été rédigé par Alicia…

    [à suivre]

  • Il y a 70 ans...

    Il y a 70 ans, le 18 juillet 1936, un putch militaire plongeait l'Espagne dans une guerre civile, qui en un sens scella le sort de votre bon KroniK et celui de mamabéné, ma frangine adorée. En effet, nos grands-parents républicains durent quitter le pays, comme des milliers d'autres, et fuir vers une France terre d'accueil, où nous sommes nés tous les deux.

    Mon grand-père quitta l'Espagne le premier, avec ses compagnons de combat, qui tombèrent de Carybe en Scylla, ou plus précisément de guerre d'Espagne en guerre mondiale... Quelques années et une épique traversée des Pyrénées à pied plus tard, ma grand-mère et mon père le rejoignaient, en une épopée qui nous fut bien souvent racontée au coin du feu...

    Je m'observe avec curiosité pour constater que plus les années passent, plus mes tempes se garnissent de fils argentés, et plus ces images du passé ont de l'importance pour moi. Adieu l'insouciance ! Je veux être citoyen du monde mais aussi savoir jusqu'où s'enfoncent les racines qui me lient à cette planète.

    Alors je dédie cette note à mon grand-père Antonio, qui aurait fêté 98 ans le 15 août prochain et à ma grand-mère Angeles, née le 1er mars 1910.

    Les heures noires continuent pourtant à sonner aux quatre coins du monde.

  • Mariage pluvieux... [7]

    [épisode précédent]

    La réponse était simple et douloureuse : non, ils ne trouveraient pas Alicia. Pire, il était clair qu’Alicia n’avait pas quitté les lieux de son plein gré. Ils trouvèrent sur place son sac à main, son téléphone mobile et… un chargeur pour son Glock 17. Était-elle armée ? Avait-elle des munitions ?

    Il était clair qu’Alicia ne se serait pas absentée sans emporter au moins son téléphone. Les amis devaient se planquer mais aussi rester en contact, afin qu’une éventuelle alerte puisse être transmise. Mais ils savaient maintenant pourquoi Alicia n’avaient pas répondu à leurs appels pendant qu’ils venaient à sa rencontre…

    Où la trouver ? Qui alerter ?

    Raul, l’adjoint au maire, ne sachant comment les aider, les avait suivis.

    - Cette fois, il faut aller voir les flics, les gars. Vos réseaux la trouveront peut-être mais rien n’indique qu’il ne sera pas trop tard. Je sais que vous répugnez à suivre les voies légales mais laissez-moi au moins parler à Telerman.

    - Je crois qu’on n’a pas le choix Andrés…

    Celui-ci n’écoutait pas, son téléphone venait de sonner.

    Jorge et Raul le virent pâlir à nouveau. C’était à la fois de la colère mais aussi de la peur, peut-être pour la première fois.

    - Laura Ana a été enlevée par Claudia Luschini. Les témoignages concordent. C’est bien l’ange de la mort qui l’a embarquée dans le pick-up de cet après-midi.

    - J’appelle Telerman. Assez tergiversé, assez déconné. Il nous faut des renforts. On n'y arrivera pas tout seul.

    Face à l'adversité, ils avaient au moins gagné un allié. Son soutien serait-il suffisant ?

    [à suivre]

  • Boire ou conduire...

    Il fut un temps...

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    ... où le choix recommandé...

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    ... n'était pas celui d'aujourd'hui !

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    Hips !