Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Café de la Humedad [6]

    L’air frais lui fit tout de suite du bien et lui donna un surplus d’énergie dont il avait bien besoin, après l’excès d’alcool et de tabac. Mutin, il s’approcha de Claudia, sous l’œil intrigué de Juan Antonio, et l’invita à un tango improvisé sur le trottoir en fredonnant quelques notes de La cumparsita. Il s’attendait à la voir rire de son geste et de son chant un peu maladroit. Au lieu de cela, elle se raidit instantanément à son abrazo.

    Il n’eut besoin que de trois pas pour comprendre : elle avait menti. Elle n’était pas professeur de tango. En fait, elle le dansait à peine. Aussitôt, il feignit également de n’y rien comprendre et s’excusa pour son ignorance, son manque de rythme si typiquement européen et son incompréhension coupable de cette danse dont il adorait pourtant la musique.

    Encore deux pas, et il abandonnait sa danseuse.

    - Désolé, je crois que j’ai trop bu. Je ne me sens pas bien du tout. Attendez-moi, je vais aux toilettes.

    Avant que ses acolytes d’un soir n’aient eu le temps de réagir, il avait fait demi-tour et entrait de nouveau dans le café presque désert. Il se dirigea alors à toute vitesse vers les toilettes, plié en deux, la main sur la bouche.

    Les anges de la mort eurent à peine le temps de le voir disparaître derrière la porte au fond de la salle. Claudia s’assit à moitié contre une table près de l’entrée, alluma une cigarette, puis tendit le paquet et le briquet à Juan Antonio. Il refusa d’un signe de la tête.

    - Que imbecil ! Nos va a demorar. (1)

    - Dejalo, ahorita vuelve y lo asamos. (2)

    Claudia allait allumer une deuxième cigarette lorsqu’elle comprit soudain que le temps était bien long.

    - El hijo de puta se nos fué! (3)


    Juan Antonio se précipitait déjà dans les toilettes des hommes. Vides ! Il rebroussa chemin et eut tôt fait de comprendre : le couloir se poursuivait vers les toilettes des femmes, la cabine téléphonique, puis deux ou trois portes dont l’une, sans aucun doute, donnait sur la rue.

    Son hypothèse fut confirmée dès la deuxième porte. Elle donnait sur l’arrière-cour du café, laquelle débouchait sur une rue perpendiculaire à celle de l’entrée principale. Il entra à nouveau par celle-ci, à la rencontre de Claudia.

    Tapis dans les fourrés du collège voisin, Drew observait la scène. Avait-il vraiment réussi à transformer les chasseurs en proie ? Étaient-ils ceux auxquels il pensait, les émissaires de Bisbal ? Si tel était le cas, Laura Ana était vraiment en danger.

    Il fallait absolument les tenir à l’écart de celle qu’il avait fait le serment de protéger, hier par conviction pour la cause, aujourd’hui par amour.

    Intérieurement, il poussa un soupir de soulagement : le tango lui avait sans doute sauvé la vie.

    [à suivre]

    (1) Quel imbécile, il va nous retarder !
    (2) Laisse courir, il va bientôt revenir et on se le fera.
    (3) Ce fils de pute est parti !

  • Enfin le retour, Monsieur !

    Enfin de retour ! Après un superbe séjour à Moscou... sans connectivité à la Toile cependant. Cette ville est magnifique, même le métro mérite la visite. La Place Rouge impressionne, le Kremlin est majestueux, les églises donnent le frisson et leurs couleurs enchantent. Le musée Pouchkine fait rêver, les rues d'Arbat, de Kitai Gorod et de Tverskaia sont pleine de vie, de nostalgie et d'histoire(s), la Moskova voit se refléter l'âme d'un peuple encore empreint des années de plomb et la cuisine, géorgienne, arménienne, ouzbeke et russe fait vibrer les papilles.

    Vous m'avez compris, cette ville vaut le détour ! Je posterai des photos sous peu, sans faute !

    Merci pour les messages, j'ai eu de la lecture en rentrant ! Je n'avais finalement pas l'air trop géorgien, la brune n'a pas passé pour une tchétchène, nous sommes bien de retour au bord du Léman.

    Au boulot donc pour retrouver Drew et ces dames. La suite dans la nuit !

    KroniK

  • Le mystère s'épaissit...

    Après la départ de Drew, entre les mains des Anges de la mort, voilà maintenant que KroniK lui-même ne répond plus.

    Le suspens est insoutenable...

    Aidez-moi, aidez-les !

    Flavius

  • Kronik s'enfuit encore...

    Hier à Tunis, demain à Moscou. Mais il m'a confirmé qu'il essaiera ne de pas trop faire attendre Laura Ana, Drew et Alicia... si la connectivité le permet !

    Bises à tous,

    Flavius

  • Café de la Humedad [5]

    - Tu vois, Laura Ana, ma chérie, lorsque je suis sortie de cet enfer, j’ai croisé par hasard cet homme ignoble. Je l’ai immédiatement reconnu, malgré ses efforts pour changer d'apparence. Le souvenir de ce qu’il avait m'avait fait subir fut plus fort que sa volonté de se dissimuler. Il a été arrêté. Plusieurs victimes ont accepté de témoigner : deux sont mortes, assassinées ou disparues dans des accidents suspects. Trois se sont rétractées, de peur de subir le même sort. Une autre a probablement quitté le pays. Bien que les juges n’aient jamais voulu dire précisément combien il y aurait de témoins au procès cet été, je pense être la dernière. Si je craque, il n’y aura plus de témoin.


    Alicia marqua une pause. Laura Ana réprima un sanglot.

    - Je sais, j’ai toujours su combien cet homme était puissant. C’est pourquoi, pendant des années, j’ai sacrifié notre amour pour te protéger de lui et de ses sbires. Mais, après avoir cherché tous les moyens possibles de me discréditer, avec les moyens les plus bas, ses avocats ont compris qu’il ne trouveraient rien. Alors, ils ont changé d’optique. Ils n’ont pas réussi à m’éliminer, j’ai eu plus de chance que les autres. Mais ils savaient que j’avais eu une fille et ils t’ont retrouvée.

    - Les anges de la morts sont à ma recherche, n’est-ce pas ? Qui sont-ils, des tueurs ?

    - Je ne pense pas qu’ils tenteront de te tuer. Cela ne ferait que renforcer ma volonté, ma hargne, et ils le savent. Ils te veulent vivante, Laura Ana. Pour m’obliger à me rétracter. Et peut-être n’hésiteront-ils pas à te tuer ensuite, pour me voir souffrir et me faire payer mon affront.


    Il ne restait plus que le silence.

    Les quelques heures de bonheur, l’émotion des retrouvailles, étaient déjà loin.

    - Comment va Andrés ? demanda Alicia subitement, de manière faussement désinvolte. Elle donnait l’impression d’avoir beaucoup réfléchi avant de poser la question.

    - Andrés ? Qui est-ce ?

    - Face à ces anges maléfiques, Laura Ana, je t’ai envoyé un ange gardien. Il veille sur toi nuit et jour et je pensais le trouver ici avec toi. Il a choisi d’angliciser son prénom.


    Un silence, puis elle ajouta:

    - C’est Drew.

    - Drew !?


    C’en était trop pour Laura Ana.

    - Drew, mon gardien ?


    Dans son désarroi, elle ne savait comment réagir. Furieuse à l’idée que l’amour de Drew n’était pas sincère ? Reconnaissante en apprenant qu’il se dévouait pour elle ? Malheureuse du silence de cet homme qui connaissait son histoire, savait sa mère vivante et ne lui en avait rien dit ?

    Elle allait craquer mais, de nouveau, Alicia la prit dans ses bras.

    - Je te demande pardon pour ces souffrances que je t’inflige, murmura Alicia.

    - Maman, maman, je t’aime, balbutia la jeune femme redevenue enfant dans ses bras.


    Elle passèrent un long moment ainsi, serrées l’une contre l’autre, comme pour se protéger du monde extérieur.

    - Qui sont ces « anges » ? demanda Laura Ana enfin.

    - Mariano Torres Bisbal, mon bourreau, a toujours su cacher l’horreur dans un gantelet de soie. Les anges de la mort, comme on les appelle chez nous, ne sont en fait que deux, mais terriblement dangereux. Un homme et une femme. Ils aiment à se faire passer pour un couple de danseurs de tango argentin. Cela leur permet de voyager et de lier contact aisément avec leurs victimes.


    Qui irait soupçonner un couple d’artistes ?

    [à suivre]

  • Café de la Humedad [4]

    - Les anges de la mort ?

    Laura Ana n’en croyait pas ses oreilles. Cette nuit semblait ne pas vouloir s’achever et son cœur était déjà à bout de force, tant les émotions avaient été lourdes et nombreuses…

    Ce fut tout d’abord tous ces mots qu’Alicia aurait voulu lui dire bien plus tôt, enfant d’abord, puis adolescente aux portes de l’âge adulte, puis jeune femme, puis encore, si la vie l’avait ainsi décidé, épouse et mère : tous ces mots ponctuant au fil des années le schéma trop simple, trop conformiste aussi, dans lequel bien des femmes délaissent souvent leur liberté au bénéfice d’un certain confort lié à la routine d’une existence bien établie, en avance tracée, facile à suivre.

    Ces mots bêtes, surannés : « Soit prudente ; je t’aime ; ne rentre pas trop tard ; pense à ce que dira ton père s’il l’apprend ; tes études d’abord ; tu es trop maquillée… », toute une litanie, ridicule, désuète, balayée par le quotidien.

    Car la vie justement avait choisi un autre parcours pour Alicia et pour beaucoup de ses contemporains.

    Rafles, enlèvements, tortures, viols, disparitions, corps jetés à la mer ou dans des fosses communes, sombre réalité des dictatures latino-américaines du vingtième siècle.

    Aujourd’hui, Alicia ne souhaitait plus dire qu’une seule chose à sa fille, sa Laura Ana :

    « Tu es en danger, mi amor. J’ai traversé l’Atlantique pour t’avertir. »

    Sous le choc, Laura Ana avait du mal à encaisser les révélations de sa mère.

    - Mais pourquoi ? hurla-t-elle enfin, excédée...

    - Parce que j'ai vu et reconnu mon bourreau, et qu'il le sait. Et parce qu'il a retrouvé ta trace. Tu es la clef grâce à laquelle il pense s'assurer que je ne témoignerais pas au procès l'été prochain.



    [à suivre]



  • Café de la Humedad [3]

    L’humeur de Drew changea en moins d’un seconde. Il reconnut d’emblée le duo qui se produisait sur la petite estrade de fond de salle. Un guitariste et un harmoniciste interprétaient la Valse triste de Jacko Zeller. Il resta debout, devant les musiciens, jusqu’à la fin du morceau qui faisait partie de ses compositions préférées et salua, avec le reste du public, la finesse du jeu des artistes et l’âme et le souffle qui se dégageaient de ces quelques notes de musique.

    Pour un peu, il serait rentré tout de suite : le mauvais souvenir de sa querelle avec Laura Ana avait complètement disparu. Mais elle était peut-être encore en colère et il ne voulait pas la perturber…

    Il s’installa à une table près de la scène, commanda une pression, afin de profiter au mieux du concert. Un moment plus tard, l’ambiance dans le bar avait monté d’un cran, et l’orchestre jouait des morceaux de plus en plus rapides, sous les hourras du public qui s’était amassé devant l’estrade. Naturellement, un couple lui demanda l’autorisation de se joindre à lui, ce qu’il accepta.

    La conversation allait tambour battant : les musiciens, leur virtuosité, la musique, le tango, la danse, l’âme tanguera, l’Argentine. Ils lui dirent qu’ils étaient argentins, de passage, à la recherche d’opportunités de donner des cours et de se produire en public. Il fut surpris de ne pas reconnaître l’accent argentin mais, les bières aidant, il n’y prêta plus attention.

    Finalement, quelques heures plus tard, le concert achevé, ils l’invitèrent à aller boire un dernier verre chez eux. Ils habitaient à quelques pas du bar. Un peu ivre, il accepta, en toute confiance.

    En quittant le bar, il pensa à Laura Ana. Elle devait aller mieux maintenant. Il ne tarderait pas chez ses nouveaux copains. Sinon, la connaissant, elle se ferait du souci.

    À juste titre, Drew, à juste titre...


    [à suivre]


  • Election d'un conseiller municipal

    Il est bon parfois de reculer d'un pas pour observer son propre comportement, comprendre ce qui est peut-être vraiment important pour soi, ce qui n'est que broutilles, orgueil mal placé, confort d'un occidental dans un pays mille fois plus riche que certaines destinations exotiques et lointaines rappelées à la mémoire du monde au gré des accidents de la nature... en un mot, ce qui fait la nature de notre citoyenneté.

    Leçon hautaine et utopiste à nouveau, Monsieur KroniK ?

    Pas si sûr mon brave Flavius.

    Je voulais simplement rapporter, en quelques mots, le sentiment que j'ai ressenti ce matin, à la lecture de la feuille d'informations publiées par la mairie de mon village vaudois, et qui stipulait ceci :

    "Élection d'un conseiller municipal, suite à la démission de M. P. P. Les électrices et électeurs de notre commune sont convoqués le dimanche 26 juin 2005 pour procéder à l'élection d'un conseiller municipal... Les citoyens étrangers qui remplissent les conditions de [la nouvelle contistution vaudoise] doivent être en mesure de participer à ce scrutin (droit de vote et d'éligibilité)."


    Quelesques mots entre parenthèses et me voilà enfin à nouveau citoyen, Flavius. Voilà ce que j'ai pensé, voilà ce qui a vibré en moi comme une impression de liberté. Je vais pouvoir choisir, m'exprimer par ce vote dans cette commune qui est la mienne de puis des années mais qui jusqu'ici ne me considérait pas comme l'un des siens.

    J'ai d'un coup recouvré la mémoire de ces anciens débats, qui avaient passionné bien de mes nuits françaises. Et j'ai ressenti de nouveau comme il est bon d'avoir le DROIT DE VOTE.

    KroniK
    15 mai 2005

  • Café de la Humedad [2]

    - Qui êtes-vous ? demanda-t-elle assez rudement à l’inconnue devant sa porte, alors qu’elle croyait avoir affaire à Drew rentré pour s’excuser, larme à l’œil, après leur altercation.


    Elle observa à nouveau, avec plus d’attention, la passante du soir qui était venue frapper à sa porte et la dévisageait également, avec timidité, retenue, pudeur mais aussi curiosité.

    - Madre ? balbutia-t-elle ensuite, souffle coupé. Madre ! C’est bien toi !


    Laura Ana s’effondra alors en sanglots nerveux dans les bras de cette femme qui, vingt-cinq ans plus tôt, avait subitement disparu de sa vie de gamine, emportée dans les obscures oubliettes d’une dictature latino-américaine à la dérive.

    Alicia retrouva tout à coup la force d’un rôle qu’elle avait oublié et qu’elle ne pensait plus jamais avoir à jouer : mère, protectrice. Offrant ses bras, nouvelle enceinte, à celle qu’elle avait autrefois portée, elle s’abandonna à son tour au repos des larmes, au réconfort des pleurs, à la merveilleuse chaleur des baisers disparus.

    Pourtant, Laura Ana ressentit à nouveau cette blessure qui l’avait taraudée pendant des années.

    - Je n’aurais pas dû partir. J’aurais dû avoir la force de t’attendre, vivre de cette conviction que tu réapparaîtrais un jour.

    - Les choses ne sont pas si simples, mon enfant. Offre-moi une tasse de café, j’ai beaucoup de choses à te raconter ce soir…


    C’est ainsi que, cette nuit-là, Laura Ana découvrit l’histoire de sa mère, Alicia, disparue un quart de siècle plus tôt avec des milliers d’autres, à l’autre bout du ciel.

    [à suivre]

  • Café de la Humedad

    – Comment ? s’exclama-t-elle, soudain furibonde, avec cette voix qui lui faisait toujours comprendre qu’il n’était qu’un raté, un bon à rien, un grain de poussière sur le chemin des caravanes.


    Il s’empressa de battre en retraite. Il n’était pas d’humeur à croiser le verbe et le fer avec Laura Ana ce soir. Il lui vint d’ailleurs à l’esprit qu’il n’était jamais d’humeur à lui faire face. Trop poltron devant la furie féminine.

    Il saisit sa veste accrochée à la patère dans l’entrée et quitta l’appartement précipitamment, trop vexé ou trop respectueux de leur intimité pour claquer la porte en sortant et attirer par ce geste l’ire et la sournoise attention de voisins trop empressés.

    Marcher lui ferait du bien.

    En franchissant la porte cochère qui donnait sur la rue, il manqua de peu renverser la vieille dame du troisième qui revenait de sa promenade habituelle, arc-boutée à la laisse de son quadrupède compagnon. Pauvre Mireille Zuffi, toujours affairée à bichonner son abondant teckel ! Et toujours obsédée par la même histoire de mort-vivant circulant à tombeau ouvert – c’était bien le cas de le dire ! – dans les rues de la ville.

    Drew s’effaça pour laisser passer la brave dame et en profita pour jeter un coup d’œil sur le boulevard.

    Marcherait-il au hasard ou avait-il envie d’aller se changer les idées dans un endroit précis ? Malgré l’apaisante rencontre avec Madame Zuffi, qui avait estompé bonne partie de sa frustration, il n’était pas encore d’humeur à prendre ce genre de décision. Il opta pour une errance nocturne.

    Un moment plus tard, il passa devant l’ancien fitness, auquel il avait songé un temps à s’abonner mais qui avait disparu du soir au matin, et pressa le pas en direction de la rivière. Maintenant, il savait où ses pas le conduiraient.

    Quelques minutes plus tard, sur l’île, il poussa la porte du Café de la Humedad.

    Au même instant, à une demi-heure de marche de là, la vie de Laura Ana basculait.

    [à suivre]


  • Après avoir beaucoup dansé...

    ... le Kronikou est tout fatigué, comme le montre ce cliché pris sur le vif, si j'ose dire !

    KroniK


  • Double jeu [Epilogue]

    Selon certaines sources bien informées, après avoir vécu et bien vécu chacun de leur côté, Jacques et Sylvia se seraient rencontrés de nouveau vers Genève...

    Flash-back, émotions, aventures partagées... bref, ça aurait très bien collé entre les deux.

    J'en ai parlé à Flavius, il est d'accord : je pars vérifier toutes ces histoires à La Rochelle (leur jardin secret à ce qu'on raconte) dès que j'en aurais terminé avec la cuisine de Mamita !

    KroniK

  • Double jeu [11]

    Oui, lui, lui-même, Jacques !

    Son propre visage, son sourire, ses expressions, sa démarche, sa gestuelle. Avatar, clone, alter ego, marionnette virtuelle sur les écrans, résultat des analyses et observations des techniciens pendant ses séances de jogging.

    Il était abasourdi, comme hypnotisé par sa propre image, par son moi projeté sur tous les écrans. Mais ce n’était rien. Incrédule, il se vit – littéralement – franchir la porte du bureau et venir à sa rencontre, et s’entendit même prononcer quelques mots de salutation ridicules lorsque « l’autre » s’approcha pour le saluer et lui serrer la main.

    Catherine triomphait.

    - Tu t’es bien fait avoir, s’exclama-t-elle, tout sourire. Tu ne t’attendais sans doute pas à me voir ici. Le chiffre, c’est un monde de mecs, n’est-ce pas ?

    Il ne savait que répondre, trop occupé à se remettre du choc et à comprendre ce qu’il voyait sous ses yeux.

    - Tu comprends maintenant ? La clef du coffre-fort, c’est le chef du département du chiffre. Toutes les données confidentielles dépendent de lui, car les accès protégés sont basés sur ses données biométriques. Alors, nous avons créé le nôtre, avec ta complicité en plus !
    - Mais, balbutia-t-il, comment saviez-vous que j’obtiendrais le poste ?
    - Imbécile, tu penses être le seul clone en notre possession ?


    Et il vit tous ses collègues défiler sur les écrans devant lui, un à un.

    - Mais ce type, qui est-il vraiment ?
    - Mais je suis Jacques, voyons, s’esclaffa le gars, avec cette voix, cette voix qui était la sienne. La sienne, que signifiaient ces mots ?
    - Un acteur, bien entraîné… et très bien payé, précisa Catherine. Nous le surnommons « double je ».
    - Tout le programme était donc destiné à créer une copie parfaite du chef du chiffre, à tout le moins impossible à distinguer de l’original, à prendre possession des données confidentielles des programmes relatifs aux armes de destruction massive…
    - Et à te remettre ensuite dans le circuit afin que tu payes pour les crimes et la trahison ! Et c’est bien ce qui va se passer. Il est temps que l’on te fasse une petite piqûre et que l’on complète les analyses. Les appareils photos ne permettent pas encore tout.
    - Qu’avez-vous fait de Johan et de Sylvia ?
    - Je crains que Johan ne soit dans un monde meilleur à l’heure qu’il est. Tu sais que son immeuble a malheureusement brûlé. Je crois qu’on t’a vu là-bas, d’ailleurs. Quant à Sylvia, je n’ai aucune idée en ce qui la concerne et elle ne m’intéresse guère…

    Il sentit soudain une vibration dans sa poche de pantalon. Il mit la main sur son portable et s’en saisit. Se méprenant, Catherine comprit qu’il voulait appeler des secours. Ostensiblement, il montra qu’il n’en faisait rien mais pu lire le message textuel qu’il venait de recevoir : « Eloignez-vous du sas. »

    - Puis-je voir les outils algorithmiques ? demanda-t-il à un des techniciens en s’approchant d’une rangée d’ordinateurs et en s’éloignant de l’entrée du bureau.


    Catherine acquiesça.

    Ce fut la dernière image qu’il eut d’elle.

    Puis vint l’explosion, assourdissante, les gaz paralysants et lacrymogènes, le chaos. Il reconnut la voix autoritaire qu’il avait entendue au téléphone. Maisonneuve ! Juste avant de perdre connaissance, il aperçut le visage de Johan, protégé par un masque à gaz. Au battement de paupières, il comprit que Sylvia allait bien.

    ***


    Lorsqu’il se réveilla, il eut beaucoup de mal à se rappeler ce qui s’était passé. Les souvenirs s’estompaient d’heure en heure.

    Il était chez lui. Un courrier sur la table de sa cuisine lui fit comprendre qu’il avait une semaine d’arrêt de travail. Un coup d’œil sur son ordinateur : on était déjà jeudi. Que s’était-il passé pendant ces jours d’inconscience ?

    Il descendit faire quelques courses. Après quelques pas, il rebroussa chemin, intrigué. Où était le fitness ? Il passa deux fois devant la librairie et l’agence de voyages qui occupaient l’emplacement de la salle de gym, perplexe.

    Malgré le congé, il enfourcha son scooter et fila vers le bureau. Il fut reçu avec les égards dus à sa position. Son nouveau bureau l’attendait, comme prévu. En revanche, nombre de collègues avaient disparus, remplacés par d’autres.

    Et sa question : « Johan, Sylvia ? » ne souleva que des froncements de sourcils et des regards incrédules.

    Il préféra se taire. Il comprit qu'il ne trouverait rien dans la presse, ni dans les dossiers usuels.

    Mais il se promit de vraiment tout savoir un jour sur cette histoire. Posé sur son bureau, il venait d’apercevoir un disque compact : le Requiem de Mozart.

    [FIN]


    KroniK

    1er mai 2005



  • Mamita est en ligne !

    WWWwwwwwaaaaaaaaaaaaaaaaaoooooooooooooouuuuuuuu les amis !

    Mamita est en ligne sur son blog, Ithur Burua (le nom de sa maison) et bien sûr, sa plus grande ennemie est sa timidité face au monde hostile qui nous entoure...

    Alors, si vous voulez connaître la suite (et fin) de "Double jeu", allez d'abord poster un commentaire chez elle pour l'encourager (on appelle ça du marketing viral ou de la solidarité familiale !)

    Nous comptons sur vous !

    La Brune, KroniK & Flavius