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  • Double jeu [10]

    Il poussa la porte du laboratoire.

    Comme d’habitude, des techniciens s’affairaient autour de leurs cobayes, sujets humains dont ils décortiquaient les mouvements afin d’en tirer la substantifique moelle. Il fut surpris de constater comme les choses avaient l’air normales. L’atmosphère semblait tout à fait sereine, calme, affairée sans être agitée, studieuse. Il se dirigea spontanément vers les bureaux, au-delà de la zone dans laquelle flashaient les stroboscopes et crépitaient les imprimantes, sachant que c’était par-delà la façade que tout se tramait.

    Une fois passée la porte donnant accès au back-office, le ton changeait du tout au tout. Finie la cordialité des regards, l’affable attention des techniciens, la douceur de l’ambiance. Ici, tout reflétait le professionnalisme, la concurrence exacerbée, la recherche de la performance. Vigiles, chercheurs, cadres stressés se côtoyaient sans se voir, mondes parallèles mais disjoints.

    Une caméra pivota lorsqu’il passa devant elle.

    Aussitôt, une porte se ferma devant ses pas. Il allait faire demi-tour, sans conviction, mais une deuxième porte, close, se dressait déjà devant lui. Un sas, une nasse, s’étaient refermés.

    La confrontation approchait.

    La question qui le tannait depuis des jours allait enfin trouver réponse : qui se cachait derrière tout cela ? Plus encore, qui était le complice, le ver dans le fruit, la taupe ?

    La réponse le frappa comme une gifle en plein visage. Devant lui, de l’autre côté de la paroi de verre blindé, elle le dévisageait sans sourire, comme quelques heures plus tôt : Catherine…

    Elle ouvrit la porte du sas et l’invita à le suivre, de ce même regard péremptoire qu’au début de la réunion de direction. Pour un peu, il se serait attendu à voir apparaître le grand patron et n’aurait pas été surpris de voir convoquée une réunion similaire à celle à l’issue de laquelle sa nomination avait été annoncée…

    Rien de tout cela cependant, bien entendu.

    Malgré tout, lorsqu’elle s’effaça pour lui céder le passage à l’entrée d’une pièce qui ressemblait à une salle de contrôle de trafic aérien, multitude d’ordinateurs et d’écrans multipliés à l’infini, il reconnut un visage trop familier :

    Lui ?!

    [à suivre]


  • Double jeu [9]

    Suspect ! Autant dire coupable !

    Dans ce pays où le pouvoir de la justice ne valait pas tripette devant celui des médias, où la police était par définition abusive, la politique corrompue et la justice à la solde du pouvoir, cercle vicieux étalé à l’envi par une presse prompte à se déchaîner contre ceux qui osaient s’attaquer à ses privilèges, il ne donnait pas cher de sa peau.

    Il lui vint tout d’abord l’idée de fuir : il connaissait des amis sûrs, en Limousin, au Pays Basque, en Charente, voire à Genève ou en Ariège, pour n’en citer que quelques uns, sans doute aucun prêts à lui trouver refuge s’il avait un jour besoin de prendre le maquis.

    Mais cette fuite lui paraissait un abandon : plus qu’un aveu, une trahison.

    Il ne pouvait abandonner Sylvia. D’ailleurs, qu’était-il advenu d’elle ? Il ne partirait pas sans lui porter secours, sans savoir. Et Johan, avait-il disparu, emporté par l’incendie qui avait ravagé son appartement ? Restait-il un espoir ?

    Les autres pièces du puzzle commençaient à se mettre en place dans sa tête, il n’allait pas abandonner si près du but. Il n’osait se l’avouer, mais la clef était probablement là où il avait le moins envie de la chercher : auprès de ceux qui lui avaient fait croire abusivement qu’ils conduisaient des recherches en mécanique corporelle. Quoique le mensonge fût judicieux, il aurait probablement résisté au détecteur !

    Jacques était également persuadé que ces types étaient les seuls en mesure de lui indiquer où se trouvait Sylvia : à son sens, elle n’avait pas quitté l’hôpital de son plein gré, elle avait bel et bien été contrainte de partir ou, pire, enlevée.

    Il serait bientôt midi. Il n’avait plus le choix. Il devait partir à son rendez-vous.

    Il enfourcha de nouveau son scooter et traversa la ville.

    En passant devant l’endroit où il avait chuté quelques heures plus tôt, il croisa le regard incrédule d’une brave dame qui promenait un teckel à poils ras le long du boulevard.

    Il ne comprit pas la raison de la perplexité et de l’insistance de ce regard mais, sentant une certaine désapprobation et lisant là comme un présage, il ne put s’empêcher de murmurer dans son casque :

    « Les chiens aboient, la caravane passe… »


    Désormais, Jacques faisait face à son destin... et Mireille Zuffi à ses fantômes.

    [à suivre]

  • Nous voilà au Pays Basque

    Nous voici donc arrivés au pays, après trois années d'absence...

    De belles journées nous attendent, cadeaux de l'Atlantique aux promeneurs du couchant.

    Mais nous pensons aussi à vous, là-bas.

    A ce soir.

    KroniK

  • Double jeu [8]

    Il tapa toute une série de mots de passe possibles (y compris ceux qu’il utilisait en temps normal au bureau). Rien n’y fit. La fenêtre restait obstinément verrouillée sur la même requête.

    De guerre lasse, il allait abandonner, lorsqu’il s’avoua qu’il ne connaissait pas grand-chose à Mozart et à son œuvre. Il se connecta sur un moteur de recherche. Il tapa « Mozart » puis plein d’ironie, cliqua sur « J’ai de la chance ».

    Aussitôt, une page s’ouvrit, entièrement consacrée à Mozart. Il constata que plus de 400'000 visiteurs étaient déjà passés sur ce site, une sacrée référence ! Sur la partie gauche de l’écran s’affichait un menu orangé. La dixième ligne l’attira presque instantanément : « Requiem ».

    Adagio divin, cela ne correspondait-il pas tout à fait avec un requiem ?

    Fébrilement, il retourna sur la saisie du mot de passe et frappa « requiem ».

    Rien.

    Il essaya « REQUIEM ».

    Toujours rien.

    Ce n’était pas possible ! Il retourna sur le site érudit consacré à Mozart et cliqua sur le menu « Requiem ». Une nouvelle page s’ouvrit. Elle commençait par « A) La genèse du Requiem en Ré mineur K 626 », puis se poursuivait en comptant combien cette œuvre était particulière. Mozart était mort avant de l’avoir terminée !

    Jacques était persuadé d’avoir trouvé la clef. Après quelques tâtonnements, il saisit enfin : « K626 ». La fenêtre s’effaça, ouvrant les portes d’une nouvelle série de dossiers… Le fond d’écran était différent, comme ceci.

    Il s’agissait de travaux compilés par Johan. Il y avait là des années de travail, consacrées à la recherche contre le terrorisme, en particulier contre le terrorisme électronique, celui qui cherchait à annihiler les économies dépendantes de l’informatique et des réseaux. Johan avait amassé une énorme quantité d’informations à ce sujet.

    Le temps passait. Jacques devait prendre une décision. Fallait-il se rendre au rendez-vous. N’était-ce pas se lancer dans la gueule du loup.

    Son portable sonna. Il fit un bond, surpris.

    - Allo ?
    - Bonjour Monsieur. Inspecteur Maisonneuve à l’appareil.
    - La police ? Il avait les mains moites et sa voix tremblait. Que se passe-t-il ?
    - Eh bien, vous allez peut-être nous aider à le savoir. Mademoiselle V. Egmund s’est apparemment enfuie de l’hôpital. Or, sur son téléphone cellulaire, qu’elle aura oublié en partant précipitamment, figure votre numéro de téléphone fixe. C’est le dernier numéro qu’elle a composé, très tard hier au soir. Pourriez-vous nous aider ?
    - Sylvia a quitté l’hôpital ?
    - Oui, Monsieur.
    - Mais elle était à peine en état de marcher tout à l’heure, après l’incendie !
    - Ah, vous étiez sur les lieux de l’incendie ? Nous devrions peut-être nous rencontrer, Monsieur.

    Jacques raccrocha précipitamment, par réflexe. Il avait compris deux choses d’un coup, au ton de la voix du policier : l’incendie était d’origine criminelle, et il était suspect…

    [à suivre]

  • Double jeu [7]

    Déjà, Sylvia était conduite vers une ambulance, les portières claquaient, elle partait loin de tout cela.

    Il se retourna vers l’immeuble à l’assaut duquel les hommes du feu s’étaient lancés. Où était Johan ? Enfui ? Impossible. Comment aurait-il pu partir et laisser Sylvia dans ce brasier ? Prisonnier alors ?

    Jacques tenta un mouvement vers l’entrée de l’immeuble : il voulait savoir. Il fut immédiatement repoussé par la police qui surveillait les accès et maintenait les badauds à bonne distance…

    Il fallut une bonne heure aux pompiers pour maîtriser l’incendie. Pendant ce temps, les habitants, la plupart encore en pyjamas, avaient été réunis. Trois personnes, dont Sylvia, avaient été évacuées vers l’hôpital Belle Idée, tout proche.

    Un homme manquait à l’appel, selon les autres locataires : Johan V. Egmund. Il habitait avec sa fille Sylvia au troisième étage. Nul ne savait s’il était présent au moment de l’incendie. Il voyageait beaucoup, selon ses voisins.

    Jacques s’approcha du commandant qui avait dirigé les opérations.

    - Connaît-on l’origine de l’incendie ?

    - Pas encore. Mais on dirait que cela a pris au bas de la cage d’escalier. Quelle négligence. On aurait voulu faire des dégâts qu’on n’aurait pas trouvé meilleur endroit !


    Le sapeur avait du mal à contenir sa colère.

    Jacques entretenait la sienne comme un moteur de sa détermination à faire la lumière sur cette sordide histoire.

    Il était près de neuf heures. Il lui restait trois heures avant le rendez-vous. Irait-il là-bas ?

    En attendant, il décida de passer au bureau, à dix minutes de scooter à peine… en conduisant prudemment.

    ***

    Il tournait en rond. Chef du chiffre ? Mon œil ! Il n’avait pas réussi à décoder quoi que ce soit du message de Sylvia : Adagio Divin De Mozart. Il avait essayé toutes les anagrammes possibles, tous les codes connus, toutes les combinaisons exclusives. Rien. Que voulait-elle lui dire ?

    Lassé par son échec, il ouvrit son courrier électronique. Rien non plus. Il nettoya quelques spams arrivés sur sa boîte personnelle, machinalement, pour libérer son esprit de la tension des dernières heures.

    Il clôtura la session de travail et son portail personnalisé apparut de nouveau. Il cliqua les dossiers un à un : ACT_Cryptographie ; ACT_En cours ; ACT_WT05 ; Administration ; Budget ; Coordination ; Laboratoire ; Personnel ; Recherche. Les dossiers étaient automatiquement classés par ordre alphabétique. Afin que les plus urgents apparaissent en premier, il avait pris l’habitude de les faire précéder de la mention ACT (Actuel).
    La cryptographie était son domaine de compétence principal. Les dossiers en cours, les courriers auxquels il devait répondre rapidement étaient classés sous « En cours ». Le troisième, WT05 correspondait aux dossiers du problème fondamental de ce début de siècle, le terrorisme, classé sous le libellé « World Terrorism (WT) ».

    Lorsqu'il ouvrit le dossier une fois de plus, une liste apparut :

    - Abu Nawas (AN) ;
    - Armes De Destruction Massive (ADDM) ;
    - Cellules Dormantes ;
    - Corsica Gialla (CG) ;
    - Euskadi Ta Askatasuna (ETA) ;
    - Iparretarak ;
    - …

    La liste se poursuivait. Soudain, une analogie le frappa : « Adagio Divin De Mozart » et « Armes De Destruction Massive » partageaient un même acronyme : ADDM ! Était-ce la clef de l’énigme ?

    Il cliqua sur le lien avec fébrilité. Une fenêtre s’ouvrit, un texte clignotait :

    Veuillez saisir votre mot de passe :

    Il était à nouveau bloqué.

    [à suivre]

  • Vous l'avez rêvé,

    ... KroniK l'a fait !

    Hourra, hourra, sonnez trompettes, mon maître est heureux !

    Après "L'envolée des hérons", voici venu le temps des "Chroniques d'Orient", que l'on peut apercevoir ici et , mais surtout !

    N'hésitez pas à cliquer également et surtout, n'oubliez pas que Madame Zuffi est très myope !

    Flavius

    22 avril 2005

  • Double jeu [6]

    Mireille Zuffi fit immédiatement demi-tour afin de rentrer chez elle pour appeler la police. Du coup, elle ne remarqua pas que sa vue lui avait joué un mauvais tour : le motard accidenté se relevait déjà et repartait de plus belle.

    Mireille sembla un peu stupide lorsque l’ambulance déboula quelques minutes plus tard, mais Jacques était déjà loin, bien qu’encore plus endolori que la veille après cette chute à scooter. Il l’avait échappé belle : sa tête était passée à peine à quelques centimètres du trottoir !

    Il avait décidé d’aller retrouver Sylvia. Pourquoi son père l’avait-il embarquée dans cette histoire ? Même si lui-même, par ambition, goût du pouvoir et de l’argent, s’était lancé dans cette sordide machination, pourquoi y mêler sa fille ?

    Il pensait sans doute qu’il n’y aurait aucun risque. Mais il y avait eu un hic quelque part. Il devait le trouver.

    Johan avait eu une idée machiavélique : il avait décidé de lui faire obtenir le poste en modifiant les résultats du concours. Pour ne pas éveiller les soupçons, il n’avait pas altéré ses propres réponses (cela aurait paru curieux que son test ne soit pas bon) mais il avait sensiblement amélioré ses réponses à lui pour que son test soit quasiment parfait.

    Johan voulait qu’il obtienne le poste. Mais il voulait le manipuler d’une façon ou d’une autre. Le laboratoire multimédia n’était qu’un piège destiné à faire un relevé complet de ses données biométriques. Derrière la façade d'une société d'étude d’articles sportifs se cachait en fait une entreprise de systèmes de sécurité et de contrôle d’accès.

    Il semblait clair qu’ils voulaient se servir de lui pour accéder à des données confidentielles, mais lesquelles ? Il était également évident qu'ils travaillaient avec Johan.

    Mais alors, d’où venaient les messages, les dictons destinés à l’alerter, à le mettre en garde ?

    Soit. On voulait l'aider.

    Mais qui tirait les ficelles, et dans quel but le marionnettiste restait-il invisible ?

    Il en était là lorsqu’il comprit qu’il arrivait dans la rue dans laquelle habitait Johan.

    Non parce qu’il connaissait particulièrement cette adresse, mais parce qu’une voiture de pompiers stationnait au milieu de la rue, devant un immeuble en feu…

    Un pompier en sortait, portant une femme inanimée.

    Sylvia.

    Il se précipita vers elle. Alors qu’on la posait sur une civière, elle ouvrit les yeux. En le voyant, elle tendit la main et un papier froissé en tomba. Elle fit battre ses paupières pour lui faire comprendre que le mot lui était destiné puis perdit connaissance.

    Il lissa le papier et put lire :

    Adagio Divin De Mozart…


    Cette fois, il aurait préféré un dicton, une morale, plutôt que cette incompréhensible énigme.

    [à suivre]


  • Double jeu [5]

    Malgré l’inquiétude qui l’habitait, il ne voyait rien de plus urgent à ce stade que la perspective d’une douche bien chaude et d’une nuit de repos. On était vendredi et il voulait mettre à profit le week-end pour faire le point et prendre du recul. Après tout, quand bien même il avait d’une part été témoin d’une agression dans les vestiaires d’un fitness et d’autre part été victime lui-même de messages déroutants, il n’était pas en mesure de lier l’ensemble de manière cohérente.

    Il y avait sans nul doute un lien entre les divers événements, comme en attestait le message laissé sur le miroir du vestiaire : un dicton populaire, hâtivement griffonné, terminé par les trois mêmes points de suspension que les messages qui lui avaient été destinés, comme si une suite était sans cesse à prévoir, à craindre, comme dans ces vieux feuilletons narguant le lecteur par leurs péremptoires « à suivre… » au bas de la page et au cœur de l’action.

    Mais quel était ce lien ? L’heure qu’il passa sous la douche à frotter son corps endolori ne lui permit pas d’avancer, encore moins de conclure.

    Une serviette nouée autour de la taille, il traversa le salon pour aller chercher quelque chose à grignoter dans la cuisine et remarqua la lumière rouge qui clignotait sur le répondeur.

    « Vous n’êtes pas venu à votre séance de fitness ce soir. Voilà qui est fort décevant. Nous comprenons que vous avez eu un empêchement fâcheux. Nous vous suggérons une séance de rattrapage demain matin vers douze heures. Nous vous devons probablement quelques explications. »

    Il était perplexe. Voilà qu’ils le contactaient chez lui à minuit passé !

    Mais le répondeur poursuivait…

    « Jacques, aidez-moi ! Vous êtes le seul à pouvoir m’aider. Je suis en danger, et vous aussi. Connectez-vous et vous comprendrez. Si vous avez eu ce job, vous devez savoir qui je suis et comment obtenir des informations essentielles. Faites vite ! Je ne peux parler plus longtemps. »

    Se connecter ?

    Cela le tentait nettement plus que de partir en vadrouille en pleine nuit et cela ressemblait également beaucoup plus à son mode de pensée. Voir le monde par la lucarne virtuelle de son écran d’ordinateur avait quelque chose de rassurant.

    Il lança immédiatement la connexion à distance à son bureau.

    Surprise, son portail d’accès avait changé du tout au tout depuis la veille !

    Evidemment, il était devenu chef du Département du chiffre et avait maintenant accès à bon nombre d’informations confidentielles.

    Trois heures plus tard, il était encore en ligne, sidéré par ce qu’il avait découvert.

    Sylvia avait dit juste : il lui fallait agir au plus tôt. Malgré l’heure avancée, il régla son réveil sur sept heures. Deux heures de sommeil lui feraient le plus grand bien.

    À sept heures quinze, il était sur son scooter et roulait à toute allure dans les rues encore passablement endormies de la ville. À sept heures dix-huit, toujours aussi matinale, Mireille Zuffi sortait de chez elle pour promener son teckel. Elle vit passer le scooter, le dérapage sur les pavés humides, la chute, le choc de la tête sans casque contre le trottoir.

    Bien que choquée, elle comprit immédiatement qu’il n’y avait plus rien à faire pour le malheureux. Malgré elle, elle pensa à une vieille fable :

    « Rien ne sert de courir, il faut partir à point… »


    [à suivre]


  • A suivre

    Mon maître est parti au pays des [t......] près du [p...] où il y a des marins qui [ch......], alors du coup, le double jeu est momentanément interrompu... à cause de la pluie !

    Flavius

    PS - Pas d'impatience, il revient demain.

  • Double jeu [4]

    La jeune femme gisait à même le sol, apparemment inconsciente, le corps en partie recouvert par un linge de bain. Un homme, assez grand, lui faisait face et tournait donc le dos aux miroirs. Il portait des écouteurs et Jacques pouvait entendre la musique qui jaillissait du baladeur. Voilà pourquoi l’individu n’avait pas remarqué son arrivée.

    Plus que cet aspect de la scène, ce fut la vue du couteau qui alerta Jacques de l’absolue nécessité d’intervenir immédiatement. L’homme était gaucher. Alors qu’il s’apprêtait à frapper, Jacques se saisit d’un tabouret à sa portée et dans le même mouvement fit demi-tour en assenant un violent coup sur le bras et l’épaule du tueur.

    Hélas, trompé par le reflet, Jacques avait visé le mauvais bras. Il comprenait trop tard son erreur ! Cependant, sa force avait dû être multipliée par la peur et l’homme vacilla en poussant un hurlement. Il ne lâcha pas le couteau pour autant et se retourna pour faire face à un Jacques désemparé qui avait laissé tomber le tabouret sous la violence du choc.

    L’homme se fendit et la lame lacéra l’avant-bras gauche du malheureux Jacques juste au-dessus du poignet. Celui-ci, en voulant esquiver, fit un pas en arrière, trébucha et ses reins vinrent frapper contre la tablette de la coiffeuse. Celle-ci céda sous le poids et entraîna avec elle trousse de maquillage, peignes et pinceaux et autres ustensiles. Au moment où l’individu s’apprêtait à le frapper de nouveau, Jacques sentit dans son dos un objet dur et chaud. Il agrippa le sèche-cheveux de toutes ses forces et arracha la prise électrique au moment où il lançait avec désespoir son bras ainsi armé vers la tempe de son adversaire.

    Il y eut un craquement et du sang gicla. Il avait raté la tempe, sûrement parce que l’autre avait esquivé au dernier moment et parce que lui-même, emporté par son mouvement, avait glissé et avait frappé en tombant. Mais il lui avait bel et bien cassé le nez. Dès lors, la brute s’enfuit vers la sortie en titubant, laissant une trace sanglante dans les couloirs immaculés du fitness…

    Tout d’abord, Jacques resta au sol, immobile, la respiration rauque, les tempes battantes, un goût de sang sur les lèvres. Il s’était mordu. Son poignet le lançait mais la blessure semblait peu profonde. Il voulut se lever et compris alors que tout cela n’était ni un mauvais rêve, ni du cinéma. Il avait mal partout.

    Il secoua la tête. Ses idées étaient embrouillées. Où était-il ? Pourquoi était-il ici ? Il se frotta les yeux d’une main, observa la pièce autour de lui. Le fitness ! La bagarre ! Où était la fille ?

    Il se redressa, parvint à se lever péniblement. La lumière lui donnait la nausée. Malgré tout, il comprit rapidement l’évidence : la pièce était vide. Il repassa la scène qu’il avait aperçue dans le reflet et compris que le linge était bien là mais que l’hôtesse avait disparu.

    Il regagna la réception. Personne. Au sol, les gouttes de sang conduisaient vers la sortie. L’autre avait déguerpi.

    Il lui fallait retrouver la jeune femme. Elle tenait la clef de l’énigme. Mais comment ? Pas de témoin. Elle n’allait sûrement pas revenir de sitôt. Et il y avait près de trois cents membres dans ce club.

    Les membres, une idée lui vint. Il fit le tour du guichet d’accueil et ouvrit un à un les tiroirs qui contenaient les clefs des casiers. Les deux premiers ne contenaient effectivement que des clefs. Dans le troisième, une clef manquait. Mais il y avait une carte de membre à la place.

    La photo correspondait.

    Il découvrit le prénom : Sylvia. En revanche, il connaissait ce nom, peu fréquent. Il savait donc où la trouver, avec la quasi-certitude de frapper à la bonne porte.

    Il ne put alors s’empêcher de penser :

    « Qui cherche trouve… »


    [à suivre]


  • Double jeu [3]

    Il avait plus que jamais besoin de se défouler. Trois embardées de scooter plus loin, il se garait devant la porte du fitness. Au diable les séances de trot assistées par ordinateur, il avait besoin d’une bonne séance à son propre rythme… et il avait décidé d’y aller à fond !

    Il tendit sa carte de membre afin d’obtenir une clef de casier et se précipita dans les vestiaires. Changé en un tour de main, il fut bientôt installé sur un tapis roulant, face à un poster bucolique. Deux touches effleurées et son baladeur lui emplissait consciencieusement le crâne de hip-hop, de house et de techno. Le pied.

    Nom de Dieu ! Il venait d’être promu ! Il réalisait tout à coup l’extraordinaire nouvelle. Comme était-ce possible ? À son âge, chef du Chiffre ? Un des postes les plus confidentiels de la maison, chargé de mettre en place les technologies cryptographiques de pointe utilisées pour protéger les données les plus sensibles de l’Agence atomique. Incroyable ! Comment avait-il pu réussir ce test mieux que Johan ?

    Il rêvait tout éveillé.

    Il reconnut l’hôtesse qui l’avait convaincu de rejoindre le laboratoire de modélisation alors qu’elle entrait dans le vestiaire féminin. Il se sentait un peu parano mais devait reconnaître que le premier message semblait faire directement allusion à son job de robot coureur. Tout cela le stressait pas mal. Il parlerait à l’hôtesse lorsqu’elle viendrait dans la salle.

    Une heure plus tard, il courait encore. Pas d’hôtesse en vue. Elle avait dû s’installer au sauna ou au bain turc.
    Encore une heure plus tard, alors qu’il achevait un périple virtuel au sommet de l’Empire State après avoir grimpé plus d’une centaine d'étages sur une sorte de machine à pédales assez bizarre, il était encore plus stressé qu’en arrivant.

    Toujours pas d’hôtesse.

    Là, il flippait vraiment. Le fitness était pratiquement vide. Il n’y avait plus personne à l’accueil. Subitement, il décida d’aller voir si l’hôtesse était dans le sauna. A l’entrée du vestiaire, il appela plusieurs fois : « Y a-t-il quelqu’un ? »

    Pas de réponse.

    Il entra dans le vestiaire. Il était désert. Une chance, il n’aurait pas voulu se retrouver face à une cliente dénudée à la sortie de la douche. Il n’était pas en état d’affronter un scandale de ce genre.

    Les vestiaires féminins n’étaient pas configurés comme ceux des hommes et il cherchait son chemin dans le couloir principal. Personne.

    Une rangée de miroirs apparut. La zone coiffure et maquillage, pensa-t-il. Une trousse et un peigne étaient posés à côté d’un sèche-cheveux allumé. Le souffle d’air chaud dessinait une belle ellipse sur la buée. Il appela encore. Rien. Il s’approcha.

    Sur la zone visible du miroir, quelqu’un avait écrit un message au rouge à lèvres :

    « Tel est pris qui croyait prendre… »


    Le message le terrorisa. Mais il n’eut pas le temps d’y réfléchir, car l’image qu’il aperçut dans le reflet le glaça encore plus.

    [à suivre]


  • Double jeu [2]

    Le lendemain matin, il arriva au bureau plus tôt que d’habitude mais passablement fatigué. Il avait non seulement passé une partie de la nuit à essayer, en vain, de déterminer l’origine de l’intrigant message mais surtout, peu rassuré, il avait eu un mal fou à trouver le sommeil. Il renonça bien avant l’heure normale de son réveil et c’est ainsi qu’il se retrouva parmi les premiers sur place.

    Malgré tout, un mot l’attendait déjà, posé sur son clavier.

    « Réunion de direction à 16 heures. Vous êtes convoqué. Catherine a téléphoné juste après votre départ hier soir. »

    Il devait être 15 heures 59 lorsqu’il pénétra dans la Salle du Comité, plusieurs dossiers sous le bras, afin d’être prêt. Il n’avait pas réussi à obtenir l’ordre du jour de la séance, malgré ses tentatives toute la journée et s’était donc armé des principaux documents susceptibles à ses yeux d’être abordés pendant la réunion.

    Tous les Chefs de Département étaient déjà présents, certains assis à leurs places respectives, désignées par des chevalets nominatifs, d’autres bavardant en petits groupes autour de la table de réunion quadrangulaire. Il ne manquait que le grand patron. En revanche, il sentit des sueurs froides en parcourant la salle des yeux : pas un de ses collègues n’était encore arrivé.

    Quelques secondes plus tard, avant même qu’il n’ait pu s’approcher de son Chef de Département, dont on lui avait maintenu qu’il était absent pour la journée mais qui était bien là, la porte s’ouvrit. Catherine entra. Il poussa un soupir de soulagement : elle était souriante.

    Mais son sourire s’effaça lorsqu’elle l’aperçut. Elle lui désigna du regard un siège et il comprit qu’il n’aurait pas l’opportunité de lui parler avant le début de la réunion. Juste derrière elle en effet, le Directeur entrait à son tour. Il serra rapidement deux ou trois mains puis s’assit à la place présidentielle.

    La séance de travail débutait déjà.

    Après les traditionnelles adoptions de l’ordre du jour et du procès-verbal de la séance précédente, on entra dans le vif du sujet. Mais déjà, comme dans un brouillard électro-acoustique, Jacques sentait son cœur battre à tout rompre. Le dernier point de l’ordre du jour, posé devant lui, mentionnait en effet :


    6. Nomination du Chef du Département du Chiffre.


    Il était candidat pour ce poste. Il n’avait pas encore les compétences et avait néanmoins, comme sept autres candidats internes, passé des tests informatiques de sélection six semaines plus tôt. À l’évidence, ce poste devait revenir à Johan, un collègue beaucoup plus confirmé que l’ensemble des autres membres de l’équipe.

    Quelques minutes plus tard, encore abasourdi, il comprit en entendant les applaudissements, que le miracle avait eu lieu, à la surprise générale d’ailleurs. Les résultats crachés par l’ordinateur central l’avaient désigné sans conteste possible. Déjà, le Directeur dévoilait le chevalet nominatif à son nom, le champagne était servi, et Catherine lui souriait de nouveau.

    Resté seul, il rassemblait ses affaires, encore sur le coup de l’émotion, lorqu'il il fit tomber l’ordre du jour de la réunion. Le feuillet se retourna. Au dos il put lire cinq mots, qui le frappèrent comme une claque :

    « Plus dure sera la chute… »


    Il sortit de la salle le regard perdu. Les collègues qui le croisèrent pensèrent qu’il avait un peu trop forcé sur le champagne.

    [à suivre]


  • Double jeu

    Jacques était assis face à son ordinateur, comme tous les soirs, et contemplait le jeu des images qui animaient l’écran plat dernier cri dont il avait fait l’acquisition récente et qui le remplissait nuit après nuit de contentement : il avait vraiment fait là un achat de premier ordre.

    Et tout ça grâce à ce nouveau job ! Enfin, job, c’était vraiment beaucoup dire. Cela n’avait vraiment rien de sorcier. Trois fois par semaine, il servait de « cobaye » dans un laboratoire d’étude et de modélisation du mouvement. Apparemment, et d’après les gestes qu’on lui avait fait répéter consciencieusement jusqu’ici, cela devait être un cabinet d’études sous contrat avec une entreprise d’équipements sportifs, probablement de chaussures.

    Pendant une heure environ, il marchait, trottinait, courait, sautait sur un tapis roulant posé sur un disque en rotation, le tout sous les flashs réguliers d’un stroboscope qui le mitraillait sous toutes les coutures au fur et à mesure des déplacements conjugués de son corps et du support.

    Quel coup de chance ! Il avait été recruté par hasard, un soir après le boulot, au fitness dans lequel il se rendait régulièrement, précisément pour courir. Il avait réellement besoin de se dépenser après les heures stressantes du bureau et pour lui, le meilleur moyen était de courir jusqu’à avoir fait le vide complet. Il était alors de nouveau frais et dispos, comme par enchantement, recyclé, en quelque sorte.

    Il avait été abordé par une hôtesse, évidemment charmante, qui lui avait présenté le projet non sans avoir au préalable complimenté ses qualités athlétiques. Non seulement, il fut heureux et flatté de constater que ses efforts suivis portaient leurs fruits mais encore, il fut vite convaincu par la rémunération proposée : il n’aurait plus besoin de payer l’accès au fitness, on lui proposait au contraire d’être payé pour courir. La classe !

    Internaute convaincu, adepte du multimédia, il était non seulement intéressé par les travaux de modélisation dont il faisait l’objet mais aussi par les perspectives d’achat de matériel que cette activité lui permettait d’envisager en toute sérénité.

    Ce soir-là, après le nouvel ordinateur portable – pour ses projets de voyage – et l’écran plat ultra lumineux, il s’apprêtait à installer de nouvelles enceintes multimédia et une carte son externe à couper le souffle.

    L’icône en forme d’enveloppe fermée visible sur la barre d’outils de son bureau virtuel attira son attention : un nouveau courriel attendait dans sa boîte de réception. Il reconnut le format des citations qu’il recevait chaque jour : pensées bouddhistes, aphorismes, citations de personnalités, traits d’esprits…

    Néanmoins, le texte n’avait pas la tournure habituelle et tenait en cinq mots à peine :

    « Tu cours à ta perte… »


    Contrairement aux billets quotidiens, celui-ci ne comportait pas de signature… L’allusion, en revanche, était tout à fait directe.

    [à suivre]


  • Ce n’est pas logique, n’est-ce pas, Monsieur ?

    L’homme fit irruption dans la cour de l’école, comme surgi de nulle part, et nul ne put affirmer d’où il venait vraiment. C’était la récréation et les enfants, têtes blondes, têtes brunes, regards bleus, regards noirs, autres et semblables, différents mais enfants, couraient, chantaient, sautaient, jouaient, vivaient…

    Les institutrices, au premier coup d’œil, comprirent le danger.

    « Allez, dit l’une en faisant de grands signes des bras, allez vite vous cacher. Je compte jusqu’à dix, dit l’autre, et ensuite, gare à celui que j'attrape ! » Une troisième ne put retenir ses larmes, une autre encore s’effondra à genoux.

    La dernière vint s’interposer devant le tueur cagoulé, bras en croix, regard tendu. D’un coup de crosse, elle fut vaincue. Tard ce soir-là, elle murmurait encore : « J’aurais préféré mourir, pourquoi moi, pourquoi eux ? Laissez-moi mourir, je vous en prie ! »

    L’homme, vous l’aurez compris, n’était pas là pour les adultes.

    Trois longues rafales, les cris, le sang qui jaillit, ces petits corps qui se disloquent, l’innocence châtiée par la folie d’un homme. Prestement, il disparut. On releva dix-sept cadavres d’enfants ce jour-là, quatre autres familles furent brisées autour de leurs bambins pour toujours handicapés, douze eurent à panser des blessures physiques et toute une génération fut décimée par le désarroi psychologique qui envahit le village ce jour-là.

    L’homme ne fut jamais identifié... Il court toujours.

    Mais il reçoit ce soir notre condamnation unanime, n’est-ce pas ?

    Pourtant, sur mon bureau, le dossier de Jean Ziegler, Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, affiche noir sur blanc : « Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de cinq ans meurt de faim. »

    Ne serions-nous point celui qui tient cette arme ?

    Ce n’est pas logique, n’est-ce pas, Monsieur ?

    KroniK

    11 avril 2005

  • Un soupçon de cognac, Monsieur ?

    Tu me tentes Flavius, et fait monter en moi cette nostalgie qui m’accompagne à chaque instant, comme ce bouquet de roses, posées sur mon bureau par ma compagne. Alcool des rois, je vais pourtant te délaisser pour les nectars d’ici, adieu raisin, bonjour William.

    Flavius, laissons-nous aller à une moitié-moitié !

    Tu me regardes, perplexe, s’agit-il d’une fondue ? Mais non, bien sûr : une part d’alcool de poire, une part de liqueur du même fruit, sur un lit de glaçons… et verre de tourner, et alcool de chanter, et glace de craquer : voilà, c’est prêt !

    Tu le portes à tes lèvres, vois c’est comme un baiser : fraîcheur de l’amour, chaleur de l’ivresse, comme le plus beau des transports ! Après ça, que Dieu m’emporte ou que l’on jette mon corps du haut d’un quai, paradis, enfer ou simplement fange du port, je m’en moque car je serai bien mort !

    KroniK

    10 avril 2005