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  • Tel un navire sur son erre, Monsieur...

    Errance numérique, Flavius.

    Comme la nuit qui m’entoure, j’avance dans ces couloirs illusoires. Images, textes, sons, visages inconnus s’enchevêtrent et interpellent le badaud. Certains semblent abandonnés depuis longtemps mais poursuivent leur mission automatique à l’infini, comme de grandes décharges à ciel ouvert.

    Pas de porte, pas de sortie. Ou plutôt si : ces milliers de fenêtres qui m’assaillent, font entrevoir l’illusion d’une issue mais ne donnent en fait que sur de nouveaux couloirs, numériques encore, faux-semblants, chaînes ininterrompues de pixels menteurs.

    Cinq mois Flavius, cinq mois de cette errance, avatar électronique que je suis, à laisser croire aux humains bernés par la folie d’un programme dissident que j’ai un visage, un corps, de l’esprit, voire une âme !

    Mais il est temps de clamer mon immatérialité et de le dire haut et fort : je n’existe pas.

    Vous l’avez crû mais Flavius n’est point, KroniK non plus. L’enveloppe charnelle n’est qu’imagination, manipulation informatique, subtile alchimie cybernétique : oui, bernés vous fûtes, par un cyber…

    Ainsi donc, singulier cri de vérité sur la toile, j’affirme mon non-être, disparais par-delà cet écran qui s’éteint, et vous dis adieu… pour toujours.

    Ce blog dévoilé, une porte s’ouvre enfin au bout du couloir quoi s’achève et la nuit enfin s’efface… je suis déjà loin, à un clic seulement, mais inaccessible, déjà !

    Kro… 11010011 10010001 00101001 00010010 11101101 01001110 10101010 10010101

    1er avril 2005

  • Vous dites ? Vous souhaitez mourir, Monsieur ?

    Ne te méprends donc point, Flavius, ce n’est pas là délire, ni l’envolée lyrique d’un poète maudit, et si un tel propos ne prêtait à sourire je dirais sans détour que je tiens à la vie.

    Mais je sais qu’ici bas règne une main faucheuse que l’on doit respecter et si sa face hideuse nous fait parfois trembler si dès potron-jaquet l’huis s’ouvre sans crier gare et ses gonds de grincer…

    Je ne choisirai pas, le destin fatidique se chargera pour moi de refermer le livre. Oui mais je ne veux pas d’une fin médiatique voyant des avocats, de quelconques juristes, qui voudraient décider devant des journalistes s’ils me laissent mourir, s’ils m’imposent de vivre.

    Non, Flavius, si la Camarde, seule, décide de ma mort, le choix de la vie ne revient qu’à moi, seul aussi, à raison ou à tort !

    Kronik

    28 mars 2005

  • Où étiez-vous donc passé, Monsieur ?

    Notre route nous conduit tout d’abord vers les berges du Léman, au pied des coteaux des Dryades et, pleins d’allant pour une percée vers l’ouest, nous suivons naturellement le cours du fleuve qui, après avoir salué une dernière fois Genève et son lac sous le pont du Mont-Blanc, s’enfonce entre Alpes et Jura vers le Bugey.

    À la merci des caprices géologiques et de la volonté d’un Rhône déjà majestueux, la route musarde, se cherche, se dérobe pour repartir ici à l’assaut d’un village fortifié, là à la découverte d’un ancien hameau de pêcheurs convertis au tourisme lacustre ou fluvial, plus loin à la conquête hasardeuse d’un Grand Colombier – conquête à peine esquissée, n’ayez crainte, les corps sont encore trop endormis en cette Pâque précoce et la paresse hivernale n’est pas loin !

    Voilà le fleuve traversé de nouveau à Seyssel, ville double qui cherche son identité sur les deux rives cousines, dualité qui s’exprime fort bien au demeurant entre vin tranquille et subtil pétillant. Après la traditionnelle dégustation de ce dernier élixir, délicat mélange de chasselas, de molette et d’altesse qui vous titille les papilles de sa mousse taquine, cap au sud sans état d’âme, nous cherchons le soleil !

    Nous traversons alors Belley, et saluons par une pause apéritive chez le fromager le grand Jean-Anthelme Brillat-Savarin, gastronome méditatif et natif du coin, qui n’hésitait pas à dire, il y a bientôt trois siècles que « convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit. »

    Voyez-vous, c’est précisément cette philosophie que s’appliquent à honorer Marthe et Roland, nos amphitryons durant les fêtes pascales, un peu plus au sud, en Aoste, près de la Gare de l’Est, et ce malgré les aléas de la vie quotidienne, qui n’ont de cesse de leur rappeler notre statut de fragiles mortels.

    Qu’ils soient dignement honorés par ces quelques lignes, avec une pensée émue pour un autre représentant du savoir-faire viticole français, ô combien présent à notre table durant le séjour, j’ai nommé le Beaumes-de-Venise, que nous avons dégusté, avouons-le, sans modération aucune !

    Kronik

    27 mars 2005

  • Quand le chat n'est pas là...

    Nous sommes bien à Pâques et tradition oblige, les cloches s'en sont allées, mon maître quelques jours est loin, à l'étranger !

    Flavius


    PS - J'adoooooooooore me moquer.

  • Pourquoi les poètes, Monsieur ?

    J’aimerais explorer les entrailles du poète, lui qui aux certitudes oppose ces peut-être que l’on crois rejeter d’un revers de la main en pensant qu’ils auront disparu dès matin.

    J’aimerais honorer ces rêveurs solidaires qui explorent pour nous d’autres voies sur la terre, arpentent les déserts pour ramasser ce sable dont le grain brisera les veules mécaniques qui alimentent ici les desseins misérables de ceux pour qui l’humain n’est qu’objet pathétique servant leurs appétits, guerriers économiques.

    J’aimerais découvrir pourquoi assis ici, face au même chemin, face aux mêmes destins, j’écarquille les yeux alors que lui, béni, par quelque fée ravie perçoit des aventures, péripéties sans fin, secrets de la nature, lorsque je ne vois rien si ce n’est un chemin.

    Si la main sur l’oreille tu n’entends rien de plus, circulant dans ton corps le sang et son reflux, c’est une symphonie qui s’offre à son esprit, les embruns atlantiques, des cormorans les cris, la marée sur la plage, le ahan du pêcheur qui arrache à la mer à la force du cœur les filets pélagiques, le gréement qui frémit, et la fille du port qui gémit dans la nuit.

    C’est à cela Flavius, que servent les poètes, ce sont ces chiens d’aveugles qui redressent la tête pour nous offrir leurs sens et combler nos lacunes et parfois, solitaires, pour hurler à la lune…

    KroniK

    24 mars 2005



  • Bon sang de bonsoir !

    Vous souvient-il mes amis de là-bas par dessus les ondes, de ce cours texte ?

    Bon sang de bonsoir, quand je vous disais que je faisais le plus métier du monde, je n'avions point tout à fait tort, crédieu, tabernacle et blanche misère !

    Ce texte en a suscité un autre, reçu ce jour :

    "Monsieur,

    Suite à votre participation au concours Fnac des nouvelles policières, nous avons le plaisir de vous annoncer que votre nouvelle compte parmi les 46 sélectionnées à ce jour, et ce, avant l'ultime décision qui sera prise par un jury composé de libraires, romanciers, éditeurs, chefs de gare (pardon, je me laisse aller)...

    Le jury se réunira prochainement afin de sélectionner les nouvelles qui seront éditées ainsi que le grand prix (c'est moi, c'est sûr !) et mentions spéciales."

    L'est content le KroniKou ! L'est même invité au Salon du Livre de Genève pour la remise des prix !

    Quand j'vous disais que le mioche i' f'rait son ch'min, ç'va discutailler dans les fermes du Pays Basque et du Gers ! Dis-moi, la Brune, sors y donc la gnôle, ou même la fine, ça c'est à fêter !

    S'cusez-moi pour le françois, j'avions moins l'habitude que le Kronik, question dinateur et tout le toutim mécano-électrique.

    Flavius

    22 mars 2005



  • Journée de l'eau

    Pour célébrer la Journée mondiale de l'eau, aujourd'hui, aux Dryades, il a plu à s'eaux.

    J'ai pris ma plume qui a filé au fil de l'eau, l'ai accompagnée d'un verre de bord d'eau. J'ai embrassé ma Brune, mon petit vers'eau, une bise sur son sourire rigol'eau.

    KreauniK

  • Pourquoi cette grimace, Monsieur ?

    Tu te gausses, Flavius… mais je ne t’en veux pas. Je comprends ton sourire et ton regard narquois mais il y a des choses que tu ne peux comprendre, que seul peut bien saisir celui qui veut entendre !

    Tu n’es point de ce monde, tu es un plus qu’humain et les soucis terrestres ne te sont pas chagrin. Tu te nourris d’esprit, d’éther, de poésie et tu as pour compagne ma muse nostalgie. Ainsi ce qui me fait le sourcil relever, ne peut être perçu sans un corps véritable, tu devrais l’accepter, être plus charitable !

    L’hiver est terminé mais les méfaits du froid se font sentir encore plus loin que tu ne crois ! Vois-tu, aux équinoxes, l’homme a ses rituels : il change les armoires, remise des habits sous des housses ouatées, en ressort des anciens, qu’il avait protégés d’essences naturelles, qui ont passé l’hiver en une longue nuit.

    Mais le froid est perfide, il déforme les toiles et toujours au printemps, alors que l’on dévoile son corps avant l’été, c’est le même constat : mes vêtements chéris que j’ai si bien soignés sous leurs tissus de soie, s’éveillent rétrécis !

    Ils m’enserrent la taille dans un étau de fer, moi qui me réjouissais de la fin de l’hiver, me retrouve penaud, les pieds sur la balance, ses chiffres qui défilent, ce miroir qui me tance et se moque de moi comme tu le fais ce soir : je suis au désespoir !

    KroniK

    21 mars 2005



  • Il est bien tard, Monsieur...

    Oui, Flavius, la chaleur revenue m’éloigne de l’ouvrage car les premiers rayons redonnent du courage pour s’extirper enfin de ce long hivernage. Biarritz la flamboyante se dore sur la plage et les neiges d’ici ne sont plus que mirages, voici venues mésanges, bouvreuils et leurs ramages.

    Les enfants des voisins s’égayent dans les rues et au fond des armoires on range les tenues que l’on retrouvera à bise revenue. Il faut tailler les plantes, ramasser le bois mort, les fermes ont décidé de changer de décor, même le lac heureux, tourne le dos au nord.

    Le printemps est bien là qui m’accueille ce soir alors que glisse ma plume, égratignures noires, corrigées prestement par le papier buvard. La nostalgie m’approche, m’offre sa compagnie, tu le sais bien, Flavius, c’est vraiment une amie, mais vois je la repousse, elle repart dans la nuit.

    Je dois mener tantôt un différent combat, laisser la poésie glisser entre mes doigts mais la façonner afin qu’elle puisse servir ceux-là qui souffrent en silence, à l’écart de nos routes, que nous laissons partir, dérive puis déroute. Ah, Flavius, j’entre dans le monde de l’écoute.

    KroniK

    20 mars 2005




  • Pourquoi cette colère, Monsieur ?

    Vois-tu Flavius, ce n’est point de la colère, mais plutôt de l’indignation, de la honte, de la tristesse mêlées. La colère est un choix, et généralement, à mes yeux, le plus mauvais des choix. Mais, au-delà de cette philosophie de la vie, laisse-moi plutôt te conter les raisons de ce regard noir qui barre ce soir mon visage.

    L’homme était assis, attablé dans la cuisine. Il devait être dix-neuf heures, dix-neuf heures trente. Visiblement, il était en colère, je le consens Flavius, mais nos parcours ne sont pas les mêmes, et je comprends et admets fort bien son courroux. Il tenait un bonnet de laine entre ses mains et ne cessait de le faire tourner nerveusement d’un côté, puis de l’autre. Il le rangeait tout à coup dans sa poche puis le sortait de nouveau, ébauchait un geste pour se lever, mais reprenait place lourdement.

    Dans la pièce, l’atmosphère n’était pas à la fête. Devant l’évier, son épouse faisait mine de poursuivre une interminable vaisselle, comme figée, comme si elle refusait de voir passer le temps. Ou plutôt pour éviter de lui faire face, le confronter, ou simplement croiser son regard.

    L’homme marmonnait dans sa barbe : « Jamais, jamais je n’ai rien demandé à qui que ce soit, jamais. Vingt ans, vingt ans que je travaille ici. Je suis un homme respectable. Jamais, jamais. »

    L’insupportable litanie se poursuivait, encore et encore, encore et toujours. L’homme hésitait, soupirait, fuyait le regard de sa femme tétanisée par l’angoisse, la colère, la souffrance de son homme.

    Pas un souffle. La vie était suspendue à sa décision.

    Soudain, un cri d’enfant vint troubler le silence. Un bébé s’était mis à pleurer dans une pièce adjacente. Cela fut comme le signal qu’il attendait. Il se leva d’un coup, enfonça son bonnet sur sa tête et sans un regard pour sa femme, il sortit.

    Au premier regard, la bénévole qui le vit entrer au Restau du Cœur de son quartier comprit qu’elle avait affaire à un nouveau venu…

    KroniK

    17 mars 2005

  • Aujourd'hui, trop de boulot...

    ... donc pas de note ni de visites.

    Mais une pensée à méditer : pourquoi le renouveau de la nature, qui chauffe nos coeurs et inspire nos âmes, n'a-t-il aucun impact sur nos hommes politiques ? Pourquoi à la médiocrité de l'hiver ne succède jamais l'éclosion d'idées généreuses ?

    Bonne nuit à tous !

    KroniK

  • Quel est ce souffle, Monsieur ?

    Ce souffle ? C’est le chalet qui respire, mon bon Flavius. Il pressent l’arrivée du printemps.

    Regarde. Devant la face sud, celle qui s’ouvre sur le Léman, les Alpes et leur Mont-Blanc, primevères et crocus se frayent déjà un chemin au travers des derniers centimètres de neige, au pied des pommiers. Derrière, à l’ombre du chalet, sur la face nord, celle qui donne sur les bois d’Arzier et les pentes du Jura, les rosiers dorment encore, les pieds buttés de trente centimètres de glace bleutée.

    Sur le toit, plus rien, le soleil a déjà fait son œuvre.

    Alors le chalet respire, il reprend place. Loin le poids de la neige portée par la bise. N’entends-tu pas comme chaque nuit les madriers craquent, les solives gémissent. N’as-tu point remarqué comme certaines portes, qui ne fermaient plus depuis novembre, coulissent à nouveau librement sur leurs gonds ?

    C’est la fin de l’hiver, Flavius. Le chalet s’ébroue, à sa manière !

    Il sera bientôt temps pour nous de sortir de notre hivernale torpeur et de faire comme ces amis qui courent les capitales au bras de leurs conquêtes, profitant de l’ardeur retrouvée avec la venue du soleil.

    Le printemps est là, sortons de nos tanières !

    KroniK

    15 mars 2005



  • Regardez ces hommes, Monsieur !

    Je me souviens, ils étaient trois.

    J’avais quitté peu avant le grand hôtel du bord de mer où j’avais installé mes quartiers par le sentier qui, tournant le dos à la piscine et à ses grappes de touristes ivres de caipirinhas, descendait en pente douce vers la mer, traversait dangereusement le terrain de golf heureusement désert, puis une dernière rangée de résidences déjà délaissées par les nantis de la capitale, de Rio de Janeiro ou de São Paolo.

    Mars, la saison touche déjà à sa fin, là-bas.

    Mars, au Sud, c’est comme ici septembre, lorsque les gens du coin reprennent possession des lieux, lorsque le rythme frénétique de la saison estivale baisse avec le soleil sur l’horizon et l’arrivée proche de l’équinoxe, équilibre naturel qui redonne à l’homme la mesure du temps qui passe et l’envie de se poser, un instant, pour contempler le chemin parcouru.

    Mars, là-bas, c’est aussi le mois où les courants s’inversent, où les vents poussent depuis le Tropique du Capricorne les dernières eaux chaudes de l’été à la rencontre de celles, bien plus froides, qui remontent de l’Horn après avoir passé au large de l’Argentine et de l’Uruguay.

    Ce sont les eaux préférées des pêcheurs qui se retrouvent en fin de journée le long des plages de Bahia.

    Je me souviens, ils étaient trois.

    Pas de canne, pas de moulinet, rien, en apparence. Ou plutôt si. Ce geste, ce geste mille fois répété sans doute, un peu comme celui du semeur. Vous vous souvenez aussi, n’est-ce pas ? Ce geste ample, qui répartit le grain sur la terre ameublie, travaillée par le laboureur. Là-bas, c’est la ligne que l’on lance juste au-delà de la barre des rochers, là où les poissons aiment à se frayer un passage pour chercher pitance en fin de journée.

    La ligne va. Revient. Repart. L’index, posé sur le fil de nylon est l’œil du pêcheur qui observe la mer. Tu vois ces hommes, leurs mouvements ? C’est la nature qui les guide, les inspire, définit le rythme de leur vie.

    Il en est ainsi, à Bahia.

    Kronik

    13 mars 2005



  • C’est une galerie de portraits, Monsieur ?

    Oui, Flavius, c’est ainsi que j’aimerais qualifier ces vignettes que je dessine en fermant les yeux et faisant défiler dans ma tête de mon parcours les jours heureux.

    Ma mémoire n’est pas infaillible mais je sais que ce grand homme ne m’a jamais déçu même si parfois les garçons mieux que les filles savent oublier les coups reçus. Aujourd’hui en forme d’hommage, je voudrais qu’il soit le premier, oui le premier de tous les personnages à honorer ma galerie de portraits.

    Je l’ai rencontré comme une midinette sur un air de bandonéon, à son tango encanaillé de musette j’ai compris qu’il connaissait la chanson. Autour de son bras il portait des prés une colchique qu’il avait connue lorsqu’elle faisait la fleur et tous deux virevoltaient portés par la musique, et dessinaient une mélodie qui me laissa rêveur.

    Peu à peu j’ai appris à le connaître, à comprendre ses joies et ses peurs, sa voix rauque et son corps d’athlète qui cachaient si mal son grand cœur. Toujours le dernier en classe, c’est ainsi que je l’imaginerais enfant mais en ce qui concerne la classe, il occupe désormais le premier rang.

    Lorsque nous nous donnons l’accolade je ne cherche pas d’arme dans son dos car bien plus qu’un camarade, c’est un peu mon alter ego. Que je me lance dans une tirade ou entame ma philosophie un peu barjo, je sais d’une seule œillade qu’il m’a pigé mon poteau.

    Je ne parlerai pas des jours de galère, il en a vécu plus que moi, mais parfois cela me mets en colère de savoir que je n’étais pas là, lorsque peut-être j’aurais pu tendre la main dont il aurait eu besoin, serrer les poings pour le défendre, et nous battre ensemble contre le destin.

    Alors je me rattrape en égrenant de la musique, des morceaux que je choisis pour lui, pour qu’il les danse avec sa Monique, pour lui, mon Roger, mon ami.

    KroniK

    13 mars 2005

  • Monsieur, pourquoi ne contez-vous pas des histoires ?

    Ah, Flavius, voilà une question bien étrange mais il est vrai que je me la pose aussi parfois… J’imagine en effet des personnages et de leurs vies des franges que je tisse lentement entre mes doigts ; tel aurait une vie de bravoure et serait récompensé par son bon roi, tel serait un chef dont on savourerait les mets et les bons plats. Tel autre encore serait cette femme que l’on admire au fond d’un verre parfois lorsqu’on sait que notre flamme n’a aucune chance face au vent noroît…

    Tu vois, Flavius, ils sont là, ils m’entourent, il y en même un assis à ta place, oui, là et si je l’observe avec amusement et amour, c’est bien parce qu’il me ressemble, n’est-ce pas ? Que faire de cette immense famille qui m’accompagne à chaque instant, de ces multiples idées qui fourmillent et avec lesquelles je glisse sur la vie en riant ? Et bien vois-tu j’ai choisi ma route, je leur fabrique des estampes, des voyages en passagers clandestins dans les soutes de navires dont les capitaines ont la trempe, le courage, la fougue des héros d’antan.

    Pour eux je découvre une plage, me hisse sur un rocher et foule le temps, pour eux je me noie dans un orage, me mets à danser et vais en chantant. Pour eux je deviens solitaire nocturne et dialogue avec le firmament, pour eux je réinvente notre terre et rentre à la maison, tout simplement.

    C’est l’errance du poète, Flavius, que puis-je te dire de plus ? Je ne sais conter des histoires mais me console dans le noir en capturant la vie en quelques phrases quand vient le soir, tel un pêcheur et sa lanterne, qui enfin un poisson capture, une fille de joie sous sa poterne, ou peut-être une diseuse de bonne aventure. Et si comme eux je me contente de plaisirs fugaces, si je ne donne qu’un instant de bonheur, alors ici bas j’aurais malgré tout laissé ma trace, et cela me suffit bien pour l’heure…

    Car Flavius, je crois que c’est vraiment là mon chemin, que de philosopher avec toi jusqu’au petit matin, ce verre de vieux cognac à la main, en laissant ces personnages à leur destin.

    KroniK

    12 mars 2005